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Take me anywhere, I don't care [E vs W]

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MessageSujet: Take me anywhere, I don't care [E vs W] Mar 21 Fév 2012 - 21:56



    Inhospitalière et indomptable. Traverser cette terre solaire, éteinte, me donnait l'impression de parcourir mon âme. Au volant de ma carlingue au toit découvert, cheveux courbés par les folles étreintes du vent, lueurs du soleil en plein visage, je sillonnais les routes précaires du Nevada, laissant comme seule empreinte de mon passage une épaisse trace de fumée sableuse, tel l'avion perçant le ciel. L'astre solaire se défilait au fur et à mesure de mon périple. Deux, trois heures peut-être, que je roulais en plein désert. Mon pied écrasait sans vergogne l'accélérateur, soulagé par le raisonnement de ma mauvaise conscience, qui me martelait l'idée que j'étais définitivement seul au monde, et donc sans autorités. Quiconque appréhenderait ces dunes lointaines, cernant l'horizon, et cette couche interminable de sable rouge, se sentirait profondément seul. Moi, ça n'était pas le cas, pour une fois. Du moins, au sens physique du terme. Mon partenaire de voyage semblait ne plus en vouloir de ma musique beaucoup trop forte, de ma conduite un peu trop houleuse, de ma descente de bière vertigineuse peu adaptée à la situation, et plus généralement de moi. Du moins c'est l'impression qu'elle donnait.
    Lunettes de soleil vissée sur le nez, je jetais de temps à autre des coups d'œil en direction d'Emmalyn, amusé par la situation.

    « ... but I know that this time I've said too much been unkind … oh Boyys don't cryy ! »

    Pas d'un naturel très démonstratif, je pouvais l'être, dans certaines circonstances. 'Juste pour faire chier mon monde. En plein relief désertique, je me sentais pousser des ailes, au point de chanter le classique des Cures à tue-tête, tapant frénétiquement le volant à chaque refrain, comme possédé par le son, sans craindre le jugement de ma collègue de fac. La raison pour laquelle nous nous retrouvions dans cette même voiture, en plein Nevada, était simple, mais néanmoins étrange. En dépit de nos différents, et de nos différences, la jeune Cooper et moi partagions la même bande d'amis. Avec eux, il était d'actualité de fêter la fin de l'année scolaire, à Carson City, là où un de la troupe possédait, je ne sais guère de quelle source, une somptueuse villa, nichée au cour des plaines arides de l'état. Un week-end prometteur, placé sous le signe de l'ivresse, et, je l'espérais, de la débauche. C'est le jour du départ, que les choses dégénèrent finalement. Une panne de réveil, un pneu crevé, une contravention pour excès de vitesse : les éléments adéquates pour rater l'heure H, au point de rendez-vous, devant l'université. Au lieu d'y trouver nos autres acolytes, probablement pressés d'aller s'imbiber les veines d'alcool, je n'y avais trouvé qu'Emmalyn, visiblement dans le même bateau que moi. Je ne crois pas au destin, mais la coïncidence était merveilleuse. Merveilleusement merdique.

    « Tiens, ça te donneras le sourire. »

    Pour appuyer mon conseil, je lui tends, presque au nez, une tige de tabac mélangée à de l'herbe magique. Je n'en fume que rarement, mais ici, tout était permis, nan ?
    J'imaginais déjà secrètement sa réaction, si bien qu'un sourire piquant immobilisa ma joue droite un instant. Rictus bien vite abattu, lorsque du moteur, en pleine course, surgit un bruit sourd et alertant. Dès lors, la vitesse de ma précieuse voiture perdit de sa superbe, pour commencer une danse saccadée et inquiétante …
    Et merde.

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MessageSujet: Re: Take me anywhere, I don't care [E vs W] Mer 22 Fév 2012 - 0:17

Été 2002, sur une route non loin de SF.

Les yeux fermés tout était plus supportable. La vitesse qui dépassait largement tous les seuils tolérés, la chaleur étouffante des routes du Nevada, le vent qui battait mes paupières et emmêlait mes cheveux, et même la musique assourdissante qui résonnait à des kilomètres. Les yeux fermés, je n'avais même pas à souffrir de la pollution visuelle que m'offrait la vue de mon chauffeur. De tout notre groupe d'amis, il avait fallu que je tombe sur William Brandewyne comme unique compagnon de voyage pour les trois heures de route qui nous séparaient de Carson City. Certains auraient pu considérer cela comme une poisse sans borne mais ma mère avait préféré qualifier ce retour de situation de jeu du destin lorsque je lui avais téléphoné pour me plaindre.

Après une énième embardée de la voiture qui avait failli me projeter directement dans le pare-brise, je daignais ouvrir les yeux pour fusiller du regard mon voisin. Complètement obnubilé par la route, il ne me prêtait aucune attention et alors que la colère me faisait serrer les poings, je me demandais encore pour la énième fois ce que j'avais bien pu trouver d'attirant chez Brandewyne à notre première rencontre. Mis à part son visage pas trop désagréable à regarder, il transpirait la suffisance et l'orgueil. Et voilà qu'en plus il se mettait à chanter à tue-tête. Je l'aurais bien frappé si je n'y avais pas risqué ma vie.

Foutu réveil qui n'avait pas sonné ce matin m'empêchant ainsi de rejoindre le point de rendez-vous de tout notre groupe d'amis à l'heure. Arrivée avec plus d'une heure de retard, je n'avais croisé que William et son air de sortir de boite de nuit sans avoir pris le temps de prendre une douche qui m'avait proposé à reculons de m'emmener en voiture. N'ayant pas d'autre choix, j'avais accepté. Et beaucoup regretté.

« Tiens, ça te donnera le sourire. »

Et voilà qu'il me remue sous le nez un joint assez mal roulé, son oeuvre de toute évidence. Je m'en saisi avant qu'il ne réussisse à me crever un oeil avec. Je m'apprêtais à lui ressortir tout mon laïus sur les méfaits de la drogue sur son organisme et sur comment cela risquait de réduire à néant ses capacités intellectuelles déjà peu présentes lorsque sa voiture se mit à émettre de drôle de sons et à ralentir considérablement. William se gara sur le bas côté de la route déserte et sorti de sa voiture pour constater les dégâts.

« La bonne nouvelle est qu'on a crevé, la mauvaise est que j'ai pas de roue de secours. »
« C'est pas vrai... »


Je soupirai d'exaspération. Le voyage, déjà insurmontable, allait s'allonger de plusieurs heures désormais. Evidemment, en surveillant mon téléphone, celui ci m'indiqua qu'il n'y avait aucun réseau dans les environs.

« T'as vraiment décidé de me pourrir mon weekend en plus de passer ton temps à me pourrir la vie, Brandewyne. »

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MessageSujet: Re: Take me anywhere, I don't care [E vs W] Mer 22 Fév 2012 - 14:36


    Pouvait-on prétendre encore à une succession de coïncidences, de la malchance pure et dure ? Si cette hypothèse pouvait être écartée, ne restait-il plus alors que celle évoquant le pouvoir occulte du destin ? Je n'y croyais pas. Mais quelle autre force sibylline pouvait alors être en cause, pour réunir, dans pareil endroit, deux antithèses humaines, prêt à s'entre-tuer ? En plus d'être tordue et pernicieuse, cette dernière était sacrément joueuse. Seulement, la jeune Emmalyn ne l'entendait pas ainsi. Me supporter semblait l'irriter au plus haut point, et s'apercevoir des défaillances de ma bonne, et surtout vieille voiture, semblait pour elle être le comble de cette foutue situation. En premier lieu plus inquiété par la santé de ma précieuse auto', que par la tournure probable des choses, je ne prête guère attention à ma partenaire de route. Mon visage aux traits matois se transforma alors, prenant les mimiques d'une mère inquiète pour la santé de sa fille. Devenue incontrôlable, je calme les ardeurs de la bête, et la stationne en dehors de la chaussée, sur la terre poudreuse grenat.

    Soucieux, j'expertise rapidement les devants de la décapotable Américaine. Du capot ne s'extirpe aucune fumée, et nulle tache de sang ne macule le bec de la voiture. C'est déjà ça. Plus bas, d'un coup d'oeil furtif, je saisis vite l'origine de la panne. Une crevaison. Une simple crevaison. Je déclare alors, spontanément, entièrement soulagé.

    « La bonne nouvelle est qu'on a crevé, la mauvaise est que j'ai pas de roue de secours. »
    E : « C'est pas vrai... »


    Sans vraiment prendre en considération la crispation de la future infirmière, ou je ne sais quoi, je décolle mon regard de la voiture, et sonde les environs : Pas de manifestations humaines, pas de réseau, pas de garage, … 'Juste de l'alcool, et de quoi faire quelques joints. Le soleil s'allongeait au loin, ce qui ne laissait présager rien de bon non plus. Conscient qu'il n'y avait pas grand chose à faire, si ce n'était attendre qu'une voiture nous croise, je sors une cibiche de mon paquet, que je place au coin de mes lèvres, avant de l'allumer d'un coup de zippo efficace. Les fesses posées sur le capot, je contemple alors l'étendue désertique.

    E : « T'as vraiment décidé de me pourrir mon weekend en plus de passer ton temps à me pourrir la vie, Brandewyne. »

    Sans broncher, je contiens un rire bref et étouffé, avant de reprendre une bouffée de nicotine. Ca a toujours été comme ça, entre nous. Une physicienne accroc aux théories, et scolairement brillante, avait encore moins de chance que la moyenne de s'entendre avec un type comme moi. Je la trouvais trop rationnel, trop droite, elle me trouvait certainement irresponsable, ou tout simplement très con. Ce qui était peut-être le cas, d'ailleurs.

    « Mouais ... Je suis persuadé que cette roue crevée n'est pas le fruit du hasard, tu vois …. »

    Déclaré très sérieusement, je pivote alors le buste, uniquement, de façon à obtenir l'attention d'Emmalyn, et laisse transparaître sur mon visage un air solennel, et impénétrable. Énigmatique, je rajoute alors …

    « Tu as priée pour que ce moment arrive, n'est-ce pas ? »


    Appliqué à conserver cet air grave, je lâche alors la pression discrètement, et me met à rire, conscient d'être sûrement tout seul à réagir de cette manière. En reportant de nouveau ma clope au bec, je me décoince de ma position, me penche vers l'arrière afin d'en extraire deux bières. J'en ouvre une, et tend la seconde vers mon acolyte.

    « Je sais pas si t'es au courant Cooper, mais ici les voitures sont plutôt rares. Ca m'enchante pas plus que toi d'être ici. J'aurai préféré avoir une jeune étudiante un peu chaude au décolleté plongeant, qu'un rat de bibliothèque, sans vouloir te manquer de respect. Mais c'est vrai que de ce côté là, t'es pas vraiment … enfin tu vois ... »

    Comble de la provocation, j'appuie mes railleries complétement lourdes, en plaçant mes mains sur mes pectoraux, pour lui faire comprendre le fin fond de mes pensées. Avant de plonger une nouvelle fois mes lèvres sur le rebord de ma bière, ne brisant pas ce sourire narquois qu'elle semblait tant appréciée. La journée risque d'être longue.


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MessageSujet: Re: Take me anywhere, I don't care [E vs W] Dim 26 Fév 2012 - 17:48

« Mouais ... Je suis persuadé que cette roue crevée n'est pas le fruit du hasard, tu vois …. »

Intriguée, je le fixai, attendant la suite de son raisonnement apparemment logique. Et donc surprenant émanant d'un être aussi peu doué de raison. A quoi avait-il pensé ? A un complot idiot de nos amis pour qu'on ne les rejoigne jamais ? Cela me paraissait peu probable, nous étions tous les deux, à notre manière, bien intégrés dans cette bande étudiante.

« Tu as priée pour que ce moment arrive, n'est-ce pas ? »

Ajouta-t-il en éclatant de rire. Quel con. Pourquoi diable m'étais-je lancé dans ce road trip avec un crétin fini ? Pour un weekend avec mes amis ? J'avais beau les aimer énormément et adorer les moments passés ensemble, je commencai sérieusement à me demander si je n'allais pas simplement rentrer chez moi à pieds, en faisant du stop au bord de l'autoroute. Ce serait peut être dangereux, mais au moins je n'aurais plus à supporter Brandewyne. Il cessa de rire et alla se chercher une bière pour patienter jusqu'à la prochaine voiture. Il m'en tendit une que je ne saisi pas avant de continuer son flot insupportable de paroles.

« Je sais pas si t'es au courant Cooper, mais ici les voitures sont plutôt rares. Ca m'enchante pas plus que toi d'être ici. J'aurai préféré avoir une jeune étudiante un peu chaude au décolleté plongeant, qu'un rat de bibliothèque, sans vouloir te manquer de respect. Mais c'est vrai que de ce côté là, t'es pas vraiment … enfin tu vois ... »

Le rouge me monta aux joues sans que je ne puisse le contrôler. J'avais pendant des années complexé sur mon corps trop mince et peu formé de jeune fille avant que finalement, vers 17 ans, la nature ne se décide à m'accorder des hanches et des seins. Et cet idiot, en quelques secondes, était capable de me ramener à cette époque de doute et de complexes, alors que je pensais en avoir fini. Je n'étais certes pas son genre, grandes jambes-poitrine opulantes-vêtements trop courts, mais il n'était tout de même pas obligé de se montrer méchant au point de me le faire remarquer.

Je ne pris pas la peine de répondre. Trop fatiguée que j'étais de supporter ses railleries. Ma décision était prise, je n'allais pas attendre des heures ici en terrible compagnie. Il fallait juste que je marche un peu, et une voiture finirait par me prendre en stop. En revanche, il n'avait pas tord sur un point, mon jean large, mes baskets et mon sweat, tenue estudiantine par excellence, n'allait pas me permettre d'attirer l'oeil d'un chauffeur.

Sans faire part à mon copilote du fonds de ma pensée, je sorti ma valise du coffre de sa voiture. L'ouvrant, j'en sorti un short et un t-shirt, rien de comparables aux tenues de ses conquêtes, mais surement suffisante pour attirer un oeil intéressé. En quelques secondes, cachée derrière son bolide inutile, je fis passer mes vêtements par dessus ma tête afin de me changer. Une fois ma mission accomplie, je refermais ma valise et la tirait près de moi. Avant même qu'il ne me fasse une remarque salace, je me tournai vers la route. Coup de chance, une voiture arrivait au loin, dans la même direction que nous avions emprunté afin de rejoindre nos amis. Peut être pourrait-elle m'emmener au prochain arrêt de bus ou ville afin que j'appelle nos amis afin qu'ils me viennent en aide ?

Il ne suffit apparemment que de la vue de mes jambes, peu bronzées certes, mais plutôt fuselées, pour que la voiture s'arrête.

« Vous z'avez b'soin d'aide madem'selle ? »
« Avec plaisir. Par hasard, est ce que vous comptez vous rapprocher de Carson City ? »
« J'dois m'arrêter une d'zaine de kilomètres avant, ouais. »
« Vous auriez de la place pour moi et ma valise ? »
« Et lui, l'fait quoi ? »
« Oh il attend une dépanneuse, ne vous inquiétez pas. »
« Okay. Venez, j'vous emmène. »


Avec un grand sourire, elle hissa sa valise sur la plage arrière, adressa un doigt d'honneur à son ancien copilote, et se dirigea vers l'avant du véhicule pour y grimper.

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MessageSujet: Re: Take me anywhere, I don't care [E vs W] Sam 28 Avr 2012 - 13:01

La garce. Mes bravades m'avaient donné l'espoir d'avoir gagner une bataille, mais mon assurance s'en était allé, en une fraction de seconde, au moment même où je vis la belle adversaire trouvée un échappatoire inespéré. A bord de son cheval mécanique de fortune, entraînée par un vagabond des sables sorti de nulle part, elle prenait la fuite, dressant fièrement son doigt comme signe de victoire. Bordel. Même ma main, porteuse d'une bière savoureuse, ne trouvait plus la force de rejoindre mes lèvres, entre-ouvertes, qui me donnaient l'air d'un ahuri alcoolique désespéré ; ce que j'étais peut-être, en plus d'être ralenti par le contrecoup des substances prohibées ingérées. Je regardai Emmalyn s'envoler, dans un nuage de fumée. Par réflexe, bien que tardif, je tentais une course maladroite vers la voiture du diable. Ma tentative pour déjouer son coup foireux, foira, et le véhicule transportant les fesses de madame s'en alla, très certainement en direction de Carson City.
Sans songer au principal, à la suite des événements, à la façon dont j'allais sortir de cette fâcheuse posture, je préparai déjà pernicieusement ma prochaine vengeance. M'être fait rouler dans la farine par une femme, et plus précisément par l'infirmière rancunière, me faisait l'effet d'une lame, perçant et jouant avec ma fierté.
L'oiseau noir qui planait au dessus de ma tête, devait bien se marrer. La respiration mise à mal, les mains sur les genoux, au beau milieu de la route, j'avisais la voiture disparaître à l'horizon. Rageur, je jettai la bouteille de bière au loin, au coeur des plaines sableuses. Je détestais cet endroit.

L'odeur sordide des moutons, les soubresauts du véhicule de livraison, les mouches venus par millions pour assistés au spectacle, ne me dérangeait même plus. Après quatre heures de route, on s'y habitue. Ma chemise blanche avait rendue l'âme, mon pantalon aussi. Je songeais à la tenue que je pourrai enfiler une fois arrivé à bon port, à Carson City. Je m'en réjouissais même, avant de perdre tout espoir, en reprenant conscience que ma valise était restée dans le coffre de ma voiture, bien trop loin derrière nous. Sombre crétin. Dans la précipitation, j'avais pris les choses essentielles. Une bouteille de whisky et mon saxophone. Je buvais alors, ayant pour effet collatéral de rendre la situation plus stupide encore. Je me surprenais parfois à parler de mes malheurs, et d'Emmalyn, aux bestiaux qui m'entouraient, sentant dans leurs pupilles la compréhension qu'il me fallait en ces temps bien sombres. La nuit commençait progressivement à venir.

L'homme-mouton que j'étais devenu foula finalement la terre ferme, laissant avec peine mes compagnons de voyage. Je salue alors mes sauveurs, aux dégaines de texans campagnards, à l'avant du véhicule, en me posant, avec un peu plus de recul, une question essentielle : Que foutaient-ils avec ces animaux en plein désert ? Curieux. Mais soit, revenant-on à nos moutons.
Imbibé d'alcool, je mis un certain temps à me convaincre que c'était ici, que c'était bien la villa de mes fidèles amis. Boueux, l'oeil hagard, parfumé d'une effluve de basse-cour, je traverse finalement l'allée principale, alors que les grilles de l'immense bâtisse étaient heureusement ouvertes. La musique battait déjà son plein. Ces salauds ne m'avaient pas attendus. 'Remarque …
De toute façon, je ne pensais déjà plus à eux. Accroché à mon saxophone, saoul, j'accède enfin à la cour, centrée d'une piscine qui faisait sans nul doute la superficie de mon appartement. En plein coeur de la fête, entouré de visages inconnus, je souriais légèrement à quelques regards qui croisaient le mien. Mais je ne m'en préoccupais plus, lorsque mes yeux trouvèrent fortuitement la jeune Emmalyn. Instinctivement, je fis dès lors quelques pas, pour venir me placer dans son dos, non loin de la pisicne. « Cooper, je te hais... »

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MessageSujet: Re: Take me anywhere, I don't care [E vs W] Jeu 31 Mai 2012 - 18:48



Le trajet ne fut pas des plus agréables, mon short aidant un peu trop les mains baladeuses de mon chauffeur. Heureusement, le trajet n'était pas très long et je fus vite libérée de sa compagnie peu agréable. L'homme avait poussé la gentillesse jusqu'à me déposer devant l'entrée de la maison de mes amis, s'attendant surement à ce que je l'invite pour une partie de jambes en l'air de remerciement. Il avait été bien déçu. A peine arrivée devant la maison de mes amis, j'avais presque sauté du véhicule en marche en lui adressant un vague geste de remerciement. Je pouvais désormais respirer sans être crispée sur mon siège et je me mis à admirer la vue. Certes le voyage avait été des plus désagréables, mais le résultat en valait vraiment la peine. Perdue dans le désert, la villa s'élevait de toute sa splendeur, bordée par de hauts arbres, une pelouse verte très bien entretenue et un bruit ambiant de musique et sauts dans une piscine.

Mes amis étaient là, tous en maillot de bain autour de la piscine à boire des cocktails depuis apparemment un bon moment. Il était près de 18h, et la soirée démarrait en douceur. Anna, une jolie blonde à forte poitrine qui était mon amie depuis des années et faisait aujourd'hui de hautes études dans le commerce m'indiqua que d'autres personnes devaient nous rejoindre plus tard et que ça allait être la soirée du siècle. J'acquiesçai lentement lorsqu'elle s'inquiéta de l'absence de William.
« Will a encore eu une panne de réveil ? »
« Oui, comme d'hab. Mais surtout une panne de voiture sur la route. »
« Vous avez fait le trajet ensemble ? » demanda-t-elle, très surprise par une pareille nouvelle.
« On a essayé. Je l'ai abandonné à la cinquantième remarque désagréable. Il devrait arriver à pied d'ici quelques heures... »
« Oh Emma... »
« Quoi ? Il l'a bien cherché ! »
« Dans le fond, il t'aime bien tu sais. »
« J'aurais le temps de mourir cinq fois le temps de creuser si loin. Bref, un verre ? »


Sans attendre de réponse, je me dirigeais vers un bar de fortune mis en place près de la piscine, regorgeant de verres en plastique et de bouteilles d'alcool. La fin de l'année scolaire pour nous tous devait se fêter dignement. J'avais tellement travaillé pendant neuf mois afin de réussir avec brio tous mes examens, que j'avais un retard plus qu'important à combler du côté de la vie sociale. Et ce weekend à Carson City était l'occasion idéale. Loin de tout, en bonne compagnie, j'allais pouvoir libérer la pression et laisser la véritable Emmalyn Cooper sortir le nez de ses bouquins et boire au goulot pour une fois.

Une fois en maillot, allongée près de la piscine en train de boire mon énième mojito, le meilleur ami de William vint à son tour prendre de ses nouvelles.
« Dis Em', tu crois que William arrivera ici avant qu'il ne fasse nuit ? »
« Aucune idée. »
« Avec les gars, on se demandait si on allait pas faire un tour sur la route, tu sais, au cas où. Tu te souviens de l'endroit où tu l'as laissé ? »
« Aucune idée. »
« Em... »
ajouta-t-il en soupirant.
« Quoi ? Laissez moi respirer un peu. C'est un grand garçon, il trouvera le chemin. Et si la situation était inversée, il serait capable de vous donner la direction opposée de l'endroit où je suis, juste pour se marrer. »
« Ah Cooper... »
soupira-t-il en ébourriffant mes cheveux. « Désolé les gars, le plan a pas marché ! »
« Le plan ? »
« Yep. C'est la fin de l'année et toute la bande était d'accord pour tenter une mission commando pour que vous finissiez enfin par vous réconcilier tous les deux. Vous pouvez pas savoir à quel point vous êtes chiants en soirée. Au début, c'était franchement drôle vos vannes, mais à force... Franchement, le coup de la strip-teaseuse... »
« Mais c'était de sa faute ! Et puis, il avait cas se souvenir du nom de sa petite amie aussi ! S'il en avait pas eu quinze par mois, ça aurait pas posé problème ! »
« Ah bah tiens, quand on parle du loup... »
déclara Anna, plus loin.

Bien décidée à fuir Brandewyne comme la peste, je me relevai en vitesse et me dirigeais de nouveau vers le bar pour remplir mon verre. La nuit commençait à tomber sur la villa de Carson City, la piscine n'était plus éclairée que par la lumière de l'intérieur de la maison et quelques bougies disséminées par des âmes attentives. Je sentis son odeur assez putride de chèvre bien avant d'entendre sa voix dans mon dos.
« Cooper, je te hais... »
« Tu m'apprends rien de nouveau Brandewyne. Trajet agréable ? Une petite douche peut être avant de... »

Je n'eu pas le temps de finir ma phrase que déjà, d'un geste sûr et plein d'une force insoupçonnée, il me balançait sans heurt dans la piscine de la maison.

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MessageSujet: Re: Take me anywhere, I don't care [E vs W] Lun 4 Juin 2012 - 20:13



Tout était parfait. De la musique assourdissante, une chaleur étouffante, des âmes désinhibées, prêtes, assurément, à franchir les limites du raisonnable, sans trop de réflexion. L'alcool était l'ennemi de la réflexion, et ce soir, comme tant d'autres, je me sentais prêt à affronter l'adversaire, quitte à en crever. Pourtant, en dehors de mes désirs nébuleux, je ne pus m'empêcher dans un premier temps, de chercher Emmalyn du regard. Comme pour en finir avec elle une bonne fois pour toute, avant d'ouvrir les hostilités. Son mauvais coup m'avait atteint. Foutue fierté. L'apercevoir siroter son cocktail près de la piscine, comme une princesse, me donnait l'impression d'avoir perdu une bataille. Mon odeur de bouc, et ma voix rauque l'alerta alors. J'attendais de sa part une explication ; ou non, juste une réaction. Je voulais reprendre le dessus, peu importe les armes. « Tu m'apprends rien de nouveau Brandewyne. Trajet agréable ? Une petite douche peut être avant de... » Sans vraiment de calcul, comme bien souvent, et peut-être à l'évocation du mot douche, j'avais saisi la jeune femme pour la jeter à l'eau. J'interprétais plus tard ce geste comme un « j't'emmerde » gestuel, machinal, et libérateur. Quoi qu'il en soit, je riais, un peu lourdement, mais brièvement, à la vue de ma partenaire flottant péniblement dans l'eau, surprise. Dans la foulée, comme pour fêter ça, je bus une bonne rasade de whisky, avant de clamer de vive voix « On ne peut pas être un rat de bibliothèque et aussi savoir tenir l'alcool … Allez, que la fête commence ! » A mon tour, un peu échaudé par le trajet alcoolisé passé, je rejoignis Emma' dans la piscine, sans prendre le temps de me dévêtir, d'un saut qui exprimait toute ma détermination.

Je ne compte plus les verres. Plus les joints. Je commence même à avoir du mal à compter mes doigts. En manque de repères, loin de toutes pensées obscures, je suis bien. Ma perception déconne, je danse au coeur d'une foule disparate, et aborde finalement une jeune femme. Je l'espère, du moins. Mes doutes sur l'identité du sexe se dissipent cependant, lorsque mes mains parcourent des formes s'apparentant à une poitrine féminine. Je ne vois pas son visage, mais je m'en contrefous. J'ai juste besoin de contact. Je me sens entreprenant, et ne ressens aucune réticence de l'autre côté. Je continue alors ma danse maladroite, mon rapprochement lubrique et grossier, sûrement, d'un point visuel extérieur. Puis, comme venu d'une autre planète, un poing vînt lourdement s'écraser sur ma joue droite, dans un bruit qu'on aurait dit extrait d'un film de série B. Au sol, j'aperçois un grand type chauve, baragouinant un quelque chose qui ressemblait à « ne belote pas ma popine. », dans un mélange de mot mal articulé ; ou alors étais-je trop ailleurs pour ne pas correctement les analyser. Vraisemblablement contrarié, alors que je n'eus le temps de récupérer de sa frappe douloureuse, le bougre revînt à la charge, férocement, marquant mon visage, et mon estomac, de ses semelles épaisses.

La suite ne fut pas claire. J'avais senti mon corps quitté la terre ferme, je ne sais par quel magie, pour voler jusqu'à ce qui ressemblait de près à une chaise. Hors de ma bulle, j'avais entendu quelques cris strident, paniqués, ou au contraire emportés. « Emma', fais quelque chose ! 'Y a des compresses, du désinfectant, et tout un tas de trucs dans la salle de bain. Son visage pisse le sang ! »
A l'écoute de ce prénom, je cherchais la concernée du regard. Je sentais du sang me couler sur les lèvres, mais la douleur ne me saisissait pas encore. Trop anesthésié par l'alcool et les drogues. Lorsque son visage vînt finalement se centré dans mon champ de vision, mon coeur s'emballa précipitamment, mais soudainement. Dès lors, sans explication rationnelle, je me mis à rire, nerveusement. « Tu sais Cooper, je fais toujours tout foiré. Je me comporte comme un salaud, parce que j'en ai rien à foutre de personne. Et … et parce que ça m'rassure. C'est rassurant de ne vivre pour personne d'autre que pour soi-même. » La tête en sang, sûrement salement amoché, je me laissais guidé par les substances ingérées. Je me tournais vers le visage fin de mon ennemie jurée, et lui lâcha, sourire aux lèvres « Tu pourrais mourir pour quelqu'un, toi, Cooper ? »

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MessageSujet: Re: Take me anywhere, I don't care [E vs W] Ven 8 Juin 2012 - 13:21

« On ne peut pas être un rat de bibliothèque et aussi savoir tenir l'alcool … Allez, que la fête commence ! »
Devant ma mine outrée, il n'avait pu s'empêcher de faire un commentaire. Rat de bibliothèque semblait l'insulte suprême sortie de sa bouche depuis le jour où je l'avais rencontré. Ca et mon manque apparemment affolant de poitrine. Heureusement que l'avis de Brandewyne ne comptait pas beaucoup à mes yeux, sinon il y aurait sérieusement eu de quoi déchanter. Cela semblait d'ailleurs parfaitement réciproque. Mes remarques sur ses capacités intellectuelles limitées semblaient glisser parfaitement sur lui sans jamais l'atteindre. C'était à se demander s'il les comprenait parfois.

Il n'attendit pas une seconde de plus pour se jeter à son tour dans la piscine, encore entièrement habillé. Le signal imparable pour un début de fête digne de ce nom. Quelques uns de nos amis vinrent nous rejoindre, nous évitant ce moment gênant qu'il y aurait pu avoir si nous nous étions retrouvé comme deux idiots dans la piscine. Une bataille d'eau explosa, et William sortit de mes pensées et de mon champ de vision.

Alors que la soirée avançait, de nombreuses personnes, plus ou moins connues, s'étaient joint aux festivités. Ils avaient apporté avec eux alcools et diverses drogues, pour se fondre plus facilement dans le décors et avaient été par le fait accueillis à bras ouverts. Les garçons, plus particulièrement, semblaient avoir bien profité des substances illicites. Pour ma part, je n'y avais jamais touché. Pas spécialement par dégoût, ou à cause de mon côté jeune fille bien comme il faut, mais parce que l'idée de perdre le contrôle sur moi-même me rendait dingue. J'avais toujours tout fait dans ma vie, selon le credo de la modération (à l'exception de la consommation de café). L'idée de me retrouver un jour dans le même état que celui de Josh, par exemple, me terrifiait au plus haut point.

Josh était entré dans notre bande quelques mois après moi. Il était dans la même classe que nous au lycée et faisait parti de l'équipe de foot. Pour autant, bien que très doué sur le terrain, il excellait particulièrement sur les bancs des classes. Ce n'était pas rare qu'il obtienne des résultats pouvant facilement rivaliser avec les miens. Pourtant, il n'avait jamais eu à subir le terme de rat de bibliothèque grâce à sa belle gueule et sa tendance à faire la fête. Autrement dit, ce garçon était plutôt populaire chez les filles comme chez les garçons et on lui prédisait un avenir brillant dès ses 17 ans. Aujourd'hui, on ne pouvait dénier qu'il avait une situation enviable. Il finissait de brillantes études de chimie depuis qu'il avait du abandonner ses ambitions sportives à cause d'une blessure. Cependant, à chaque fois que je le croisais, je ne pouvais m'empêcher de remarquer sa nette tendance à boire et fumer plus que de raison. Et ce soir ne faisait pas exception. Il était complètement mort. A moitié affalé sur le sol, il n'arrivait plus à articuler une phrase intelligible et semblait sur le point de vomir.

Je ne pu réprimer un élan pitié envers mon ami et vint près de lui, essuyant la salive dégoulinant du coin de ses lèvres et le redressant contre une paroi de la maison. Je n'étais pas particulièrement proche de Josh, mais le voir dans cet état me faisait de la peine. J'étais en train d'essayer de lui parler lorsqu'une voix paniquée cria mon nom.
« Emma', fais quelque chose ! 'Y a des compresses, du désinfectant, et tout un tas de trucs dans la salle de bain. Son visage pisse le sang ! »
Je détestais par dessus tout qu'on m'appelle Emma mais retint quand même ma remarque au vu de la situation qui semblait dramatique. J'abandonnai Josh, priant de toutes mes forces pour qu'il ne fasse pas un coma éthylique et ne transforme la fête en un cauchemar, et me rapprochai de notre bande d'amis paniqués, tous entassés autour d'une personne à terre. Malgré mon esprit complètement embué par l'alcool, mes instincts reprirent rapidement le dessus et je me dirigeai vers le blessé.

Bien évidemment, c'était Brandewyne. Ca aurait pu être n'importe qui d'autre, mais ce soir, le destin s'acharnait de manière peu discrète pour nous confronter constamment l'un à l'autre. Etouffant un soupir de lassitude, je m'agenouillai en face de lui. Il n'était pas beau à voir. Son nez était cassé, son arcade sourcilière en sang, un hématome commençait à s'étendre sur sa joue droite et, pour couronner le tout, sa lèvre supérieure saignait abondamment, baignant sa bouche d'un liquide visqueux et rougeâtre. Lorsque je pris mon courage à deux mains pour m'approcher de cet idiot, il se mit à rire nerveusement. Effet des drogues ou du choc à la tête, je n'en avais aucune idée mais cela m'exaspéra.
« Arrête de gigoter abruti. »

Aucune pitié, même pour les blessés. J'entendis quelques murmures de désapprobation parmi les curieux qui observaient la scène, et même un ou deux "mais quelle connasse", pour parfaire le tout. Après une ou deux longues respirations, je parvins à chasser le flou de mon esprit. Le serment d'hypocrate était pour bientôt, et je devais faire au mieux pour soigner tout le monde. Même les raclures. Contre toute attente, il réussit à articuler quelque chose d'intelligible.
« Tu sais Cooper, je fais toujours tout foirer. Je me comporte comme un salaud, parce que j'en ai rien à foutre de personne. Et … et parce que ça m'rassure. C'est rassurant de ne vivre pour personne d'autre que pour soi-même. »
Cela devait être la première fois qu'il me disait quelque chose d'un peu sensé et profond le concernant, et j'en restais planté là, immobile, pendant quelques secondes.
« Emmalyn ? »
La voix d'Anna me fit sortir de ma torpeur. De toute façon, William ne me laissait pas non plus le temps de réfléchir à ses propos puisqu'il se penchait de nouveau vers mois pour me demander à l'oreille.
« Tu pourrais mourir pour quelqu'un, toi, Cooper ? »
« J'pense être trop égoïste pour ça. Par contre, te tuer me poserait aucun problème, excepté de faillir à un serment professionnel. »

Sans attendre une nouvelle remarque, je demandai à mes amis de m'aider à le transporter dans la salle de bain, à l'abris de tous les fêtards. Puis je fis une liste de compresse, alcool à 90°C, bandages, pansements, antiseptiques, fil et aiguille auprès du maître des lieux, afin de pouvoir réparer tant bien que mal le jeune homme.

Une fois installée dans la salle de bain, je fis partir tous mes camarades. D'une, je n'avais pas envie qu'ils m'observent, cela me rendait nerveuse, mais une petite part de moi pensait également à William, et je me disais qu'à sa place, j'aurais préféré que personne ne me voit défaillir de peur à l'idée d'être recousue par quelqu'un qui ne l'avait encore jamais fait de sa vie. Bon, évidemment, il n'était pas au courant, mais ce n'était qu'un détail. Dès mon entrée en internat, depuis quelques semaines maintenant, on m'avait directement affiliée à la préparation des plannings et au rangement des dossiers, me maintenant bien loin de l'aiguille et du scalpel. Heureusement, mes sales corvées devaient se finir dans moins d'un mois, lorsque la secrétaire reviendrait de son congé maternité. "C'est une bonne formation, ça vous permet de ne pas dénigrer le travail des autres et d'avoir les pieds sur terre. " m'avait asséné mon chef lorsque j'avais osé me plaindre. Message reçu 5/5, ferme ta gueule et attend que ça passe.

Mais aujourd'hui, je me retrouvai à faire beaucoup moins la maligne devant les plaies parfaitement nettoyée de William, qui n'attendaient plus que mon coup d'aiguille.
« Bon, tu es prêt ? »
Inutile de dire que cette phrase était plus pour moi que pour lui.
« Ca va piquer légèrement, rien d'insurmontable. Je suppose qu'on a déjà du te recoudre dans ta vie. Je vais faire environs 5 points sur ton arcade, pour éviter que le sang ne continue à couler. Il faudra que tu nettoie la plaie deux fois par jours avec des antiseptiques, et que tu viennes me revoir dans un mois pour que je retire le fil. »
Lui réciter mes leçons et mon discours professionnel me permettait de me calmer. J'inspirai un grand coup, et m'approchai d'avantage du jeune homme. Il était assis, immobile, sur le rebord d'une grande baignoire. L'épaule droite appuyée contre le mur, il avait les yeux clos. Peut être s'était-il endormi. C'était sûrement pour le mieux, d'ailleurs. D'un mouvement, j'écartai ses genoux pour me glisser entre ses jambes, mon corps presque collé au sien, le dépassant pour une fois d'une tête. Je soulevai son visage vers la lumière du plafond, et, sans crier gare, planta mon aiguille dans son arcade. Une bouffée d'adrénaline me submergea. Les cinq points de suture furent exécutés dans l'allégresse la plus totale et bien trop rapidement à mon goût. Je lui aurais bien ouvert le bras juste pour le plaisir de le réparer encore et encore. Lorsque ce fut finit, j'avais un sourire béat et stupide aux lèvres, l'esprit à la fois terriblement clair et baigné d'euphorie.
William ouvrit les yeux, le visage à 20 centimètres du mien.

_________________

    Dear Emma,
    Every letter I’ve ever written to you has been
    a love letter. How could they have been anything
    else? I can see now that all of them, except this
    one, were bad love letters. Bad love letters beg
    for love back. Good love letters ask for nothing.
    This, I’m pleased to announce, is my first good
    love letter to you. Because there is nothing more
    for you to do. You already done everything.
    I have enough of you in my head
    to last forever.


Dernière édition par Emmalyn C. Cooper le Ven 8 Juin 2012 - 14:10, édité 2 fois

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