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Time won't change this damage anymore [j&n]

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MessageSujet: Time won't change this damage anymore [j&n] Mer 11 Juil 2012 - 18:16



i am what you never wanna say but i've never had a doubt.

La situation était intenable. Ils ne pouvaient pas continuer de la sorte. Bien sûr, elle était chargée des relations avec le gouvernement. Bien sûr, la plupart des vampires avaient placé leur dernier espoir en elle tandis que d’autres avaient depuis longtemps baissé les bras. Ils ne nous accepteront jamais. Tout est perdu. Quelle va la prochaine étape, Livia ? Nous demander de porter un signe distinctif ? Nous empêcher de travailler et de vivre parmi eux ? Nous réunir dans des camps qui auront pour seul but de nous épuiser, de tuer la dernière once de notre vie en nous et nous exterminer comme dernière étape ? On a déjà vu la folie de l’homme à l’œuvre. Toi aussi. Tu étais en Europe. Tu sais ce que c’est. Oui. Elle savait mais elle savait également que la solution n’était pas là. Qu’il existait également des humains au cœur bon. De ceux qui allaient tendre la main et allaient les cacher, les nourrir. Elle demeurait convaincue que la solution durable était le dialogue même avec un gouvernement qui leur était totalement hostile. Ils avaient seulement peur et comme les animaux aculés, ils n’en étaient plus que violents. Il suffisait de leur faire comprendre qu’ils n’étaient pas si différents que ça. Avant d’être ce qu’ils étaient aujourd’hui, les vampires avaient été humains et ils pouvaient être leur épouse, leur fils, ou leur arrière-arrière-arrière grand oncle. Ils appartenaient tous au même monde et vivaient sur la même planète. Le ciel au dessus de leur tête était de la même couleur. Le vent caressait leur peau de la même manière. Les uns étaient juste un peu plus résistants que les autres.

« Tout va bien aller, Jimmy. Ne t’inquiète pas. »
Elle lui adressa un léger sourire avant de poser délicatement son front contre le sien, fermant les yeux afin d’apprécier le contact avec la chaleur de la peau de son mari, contrastant avec la sienne glacée qui devait ajouter aux frimas de ce début de mâtinée printanier. Elle glissa ses mains sur sa nuque avant de déposer un tendre baiser sur ses lèvres puis de s’éloigner pour qu’il lise dans le bronze fondu de son regard qu’elle disait vrai. Qu’elle croyait ses propres paroles. Elle ne rajouta rien et se contenta de hocher positivement la tête attendant qu’il fasse de même. Finalement, après quelques secondes, elle se détacha de lui et se tourna vers la foule déjà formée autour d’eux. Ils se trouvaient devant l’hôpital pour démontrer deux choses. La première était que tout vampire qu’ils étaient, ils pouvaient fort bien se trouver près d’un endroit où arrivaient des humains blessés et en sang tout en se contrôlant comme si de rien était et quant bien même cela leur demandait un effort surhumain. La seconde était de protester contre le fichage des vampires. Livia s’était bien sûr pliée à la règle et avait appelé de ses vœux les membres du VRA de la suivre afin de montrer leur bonne foi. Néanmoins, elle demeurait persuadée que ce n’était pas la solution et l’image des protestations des années 70, ils se relayaient par un sit-in pacifique. Humains et vampires mêlés.

« Je souhaite parler au responsable. »
« Il est devant vous. »
« Madame Hagebak-Dorsey, on me demande de vous évacuer. »
« On ne fait rien de mal, Officier. »
« Vous enfreigniez la liberté de circulation. Ceci est un espace public. »
« Nous n’empêchons rien du tout, Officier. Nous ne faisons que discuter entre gens civilisés. »
« Allez faire ça ailleurs. »
« Ou sinon quoi ? »
« Klaus, calme-toi. »
« Ca ne vous concerne pas, Monsieur. »
« Klaus, laisse-moi gérer cette difficulté. »
« Ca fait maintenant deux semaines que vous discutez devant l’hôpital tous les jours de la semaine, toutes les heures, même la nuit. »
« L’avantage de ne jamais être fatigué, Officier. »
« Beh dégagez quand même ou je vais être contraint de lancer l’ordre d’évacuer. On a été patient avec vous jusqu’à présent. Renvoyez nous l’ascenseur et obtempérez sans difficulté. »
Elle poussa un profond soupir et finit par approuver de la tête. Cela ne servait à rien d’aller tester les nouvelles cellules vampiriques flambant neuves du commissariat central. Elle fit un geste à l’égard de ses alliés, leur enjoignant de vaquer à leur occupation.
« Vous savez qu’on va revenir. »
« Je sais. »
Ils échangèrent un sourire poli mais elle remarqua le regard que l’officier coula sur son époux, le jugeant de se tenir aux côtés d’un membre d’une autre espèce. Les mentalités étaient longues à changer mais plus que quiconque elle savait qu’elles évoluaient tout de même. Les gays pouvaient désormais se marier. Cela avait pris du temps mais ils y étaient parvenus. Ils y arriveraient aussi.

Alors qu’ils s’éloignaient progressivement dans un mouvement de foule compacte et dissolue, la voix nasillarde Klaus retentit à nouveau.
« Tu crois que c’est comme ça que t’aides les tiens, Liv ? »
« Ecoute Klaus … » mais elle suspendit ses paroles lorsqu’elle crut apercevoir un visage longtemps enfoui parmi la foule. Elle se redressa immédiatement, tendant le cou pour revoir cette silhouette qu’elle n’aurait jamais imaginé revoir. Son cœur mort depuis longtemps aurait presque pu recevoir des décharges électriques tant elle était tendue. Ce n’était pas possible. Ce n’était … Et pourtant, en se concentrant, son odeur était bien présente, noyée par la foule environnante, mais elle ne faisait aucun doute. Elle ne faisait jamais aucun doute.

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MessageSujet: Re: Time won't change this damage anymore [j&n] Dim 5 Aoû 2012 - 14:16

Jimmy avait rejoint le sit-in quelques heures auparavant, il aurait préféré rester auprès de Livia, luttant à ses côtés ainsi qu'avec les autres membres du groupe mais il était humain. Il avait des responsabilités qu'il ne pouvait mettre de côté, comme son boulot, ou tout simplement sa santé. Malgré cela, le jeune homme était présent, chaque jour, une fois sa journée de boulot terminée, prêt à défendre l'égalité des droits pour tous, humains comme vampires. Cette tâche serait loin d'être aisée, il en était conscient mais, tout comme Livia, il était déterminé à aller jusqu'au bout, afin de pouvoir vivre des jours heureux auprès de sa belle.

Fendant la foule, majoritairement composée de vampires à quelques exception prêt, il rejoignit sa compagne et glissa sa main dans la sienne. Lorsqu'elle se tourna vers lui, il lui fit le plus beau des sourires, heureux de pouvoir partager sa vie, heureux qu'elle l'ait choisit. Il acquiesça à ses paroles, répondit à son baiser, appréciant le frisson qui parcouru son corps face au contraste des températures. Depuis qu'ils étaient ensemble, le jeune homme s'était habitué à la fraicheur de la peau de Livia, c'était même devenu agréable. Leurs se regards se croisèrent et Jimmy leva une main, caressant la joue de sa femme, oubliant pour quelques secondes, le monde les entourant. Ils ne voulait que le bien des peuples, pas la violence ni la guerre. Le choix de l'hôpital n'était pas du au hasard...

Malgré lui, il laissa Livia, ne la quittant pas du regard alors qu'elle traversait la foule, élégamment. Le policier en charge du cordon de protection l'interpella et, bien que ne pouvant pas entendre leur discussion, il comprit rapidement de quoi il s'agissait, au vu de la tête de Klaus. Livia fit signe au groupe de se disperser et Jimmy secoua la tête. Il ne perdait pas espoir, mais parfois, le combat lui semblait sans victoire, surtout après de longues actions comme ce sit-in.

Lentement, il rejoignit les deux vampires, se mettant aux côtés de Livia. Il ignora le regard que lui lança le policier, ce n'était pas la première fois, et ça ne serait pas la dernière. Depuis le temps, il avait du apprendre à gérer ce genre de comportement. Et encore, là il n'y avait pas d'insulte...Machinalement il suivit les deux vampires, écoutant vaguement leur conversation habituelle mais il réalisa après coup que Livia s'était figée derrière lui, son regard perdu dans la foule. Il échangea un regard avec Klaus avant de revenir vers sa compagne, et de poser sa main sur la sienne.

"Livia ? Tout va bien ?"

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MessageSujet: Re: Time won't change this damage anymore [j&n] Mar 21 Aoû 2012 - 23:25

- Vas te faire foutre Chelsea.

Le téléphone vint retrouver sa place dans sa poche, la touche rouge réduisant au silence son interlocutrice. Norman leva les yeux au ciel, s’efforçant de conserver le calme olympien qu’il avait adopté pendant cette grotesque conversation. Il faudrait un jour qu’il songe à se débarrasser de cette jeune femme. Mais pour l’instant, son appétit était comblé, et ce pour quelques jours. La partie de chasse qu’il s’était offert tout le week-end avec Samson y était évidemment pour quelque chose. Partir loin de la ville pour semer des cadavres sans qu’on puisse remonter jusqu’à eux, voilà qui avait eu de quoi réveiller l’instinct de prédateur de l’irlandais. Mais ce n’était pas la seule raison qui l’avait poussé à s’éloigner de Babylon. Et par pur esprit de contradiction, c’était l’exact opposé de ce qui l’avait poussé à revenir.

Le temps était légèrement couvert, mais pas quoi empêcher les gens de sortir. Norman prit le parti d’enfiler sa veste grise esprit vintage, récemment chinée, pour mieux se fondre dans la masse. Cette histoire de recensement avait fait des émules et remué toute la ville. Evidemment, en tant que légende et surtout parce que rien ne l’effrayait plus que de voir sa liberté entravée, Norman avait catégoriquement refusé de se soumettre cette loi ridicule. Et puis de toute façon, il était bien au-dessus des règles des mortels, et ce depuis longtemps. Toutefois, ce changement l’avait ramené à cette époque dont il était nostalgique, quand cette même ville abritait trois clans vampiriques sans rien en savoir. Il avait redécouvert le bonheur de jouer le mimétisme pour mieux surprendre ses proies. L’excitation de ne pas être découvert rendait chaque moment plus intense, plus fort. De ses doigts glacials, il frôla les murs de briques d’un vieux bâtiment tagué avant de tourner sur sa droite. S’il lui avait fallu respirer, il aurait eu à ce moment précis besoin d’une grande bouffée d’oxygène. Au lieu de ça, il se figea, collant son dos aux muscles tétanisés contre le mur effrité.

Ce moment inéluctable, Norman avait tout fait pour le repousser. Pourtant, ce n’était que pour le vivre qu’il était revenu ici, sur ces terres de malheur, alors qu’il aurait pu être à Wellington, Singapour ou Honolulu à couler des jours heureux et croquer des gorges de touristes. Son regard n’eut pas besoin de balayer la foule pour la repérer. Il ne voyait qu’elle. Littéralement. En un instant, une foule de pensées se succédèrent dans son esprit inhumain. Elle avait sacrifié sa cascade de cheveux blonds pour une coiffure plus courte et sophistiquée. Elle était toujours aussi ravissante. Son odeur exquise n’avait en rien changé. Elle aurait pu soigner n’importe qui, n’importe quoi avec ce sourire. Ce sourire qui avait embelli ses jours, ses nuits, ses longues et éternelles insomnies. Ce sourire qui ne lui était plus destiné. Un grondement sourd s’échappa de sa poitrine, et il eut toutes les peines du monde à ne pas se ruer au milieu de la foule pour les séparer. Cela aurait fait trop de dégâts, trop de théâtralité. Il ne voulait pas la décevoir, pas une fois de plus. Pourtant, c’était cette fois elle qui le décevait. Il ressentit la pression ordinaire qu’elle exerçait sur son cœur, comme à chaque fois qu’il pensait à elle. Sauf que cette fois-ci, c’était encore pire.

Bien sûr, il l’avait repéré en même temps qu’elle. Inconsciemment sans doute, il avait préféré ne pas se fixer sur lui, mais le mal était fait. Jalousie, sensation qui lui avait été pendant si longtemps familière et qui avait depuis disparu de sa vie, vint de nouveau lui souffler des mots terribles à l’oreille. Lentement, comme l’enfant qu’il n’avait sans doute jamais été, il se laissa glisser contre le sol. La foule lui masqua alors la terrible scène, mais cela ne lui suffisait pas. Il étreignit ses jambes qui lui paraissaient tout à la fois lourdes et suffisamment légères pour s’enfuir à une vitesse surréaliste et y posa le front, refusant d’affronter les regards de la masse vampirique qui, de toute manière, ne s’intéressait pas à lui. Assis de cette manière, on aurait pu croire un manifestant apeuré. Pourtant, la seule qui se manifestait chez lui en ce moment, c’était l’effondrement. Voilà pourquoi il avait repoussé ce moment si longtemps. Depuis son arrivée ici, il avait tout fait pour retrouver Livia. Du moins, il s’en était convaincu. Pourtant, dès qu’il avait appris l’existence du VRA, il savait que c’était là-bas qu’il la trouverait. Il la connaissait trop pour ne pas penser qu’elle œuvrerait pour la cause vampirique. Il avait même une ou deux fois tenté d’en pousser la porte, pour la retrouver. Toutefois, l’idée qu’elle avait sans doute refait sa vie sans lui, l’idée de la voir heureuse, l’idée qu’elle ne soit pas seule lui était insupportable. Il se savait incapable de surmonter ça. Et pourtant il était là aujourd’hui. La voir à la télé la première fois avait été un choc. Il était resté des jours dans son atelier, isolé, avant de se relever. Mais elle apparaissait de plus en plus souvent, et sa présence devenait pesante, oppressante. Il fallait qu’il la voit, pour de vrai. En finir une bonne fois avec cette torture. Peut-être y avait-il une chance pour que … Mais non. Bien sûr que non. Comment une fille comme Livia aurait pu rester seule ? Le pire de tout, c’était cette odeur d’humain qui l’entourait maintenant, l’englobait, aurait presque étouffé la sienne si elle ne lui avait pas tant manqué. Un mortel. Livia. Non…

Il perçut un mouvement de foule et, nerveusement, se releva. Il refusait de se faire remarquer. Non pas que cela le dérangeait d’habitude, mais pas maintenant. Pas quand il était aussi fragile. Il refusait qu’un pacifiste vienne, d’un geste de compassion, lui poser la main sur l’épaule et lui dire que la cause n’était pas perdu, qu’ils y arriveraient un jour. Norman se tint donc debout, et pria juste pour que Livia et celui qui semblait lui tenir lieu de remplaçant ne passe pas trop près. Qui sait comment il aurait pu réagir à cet instant, dans un tel état d’esprit ?

C’est alors qu’elle l’aperçut. Leurs regards se croisèrent une fraction de secondes et il eut peur qu’elle ne le reconnaisse pas. Mais comment aurait-elle pu ? L’expression sur son visage ne trompait personne. Elle se figea, sans nulle doute surprise par son visage si familier. Il aurait pu lui adresser un sourire. Le mortel à ses côtés, finalement, il aurait pu lui pardonner s’il n’avait été qu’un divertissement. Mais le regard acéré de Norman, avide de détails, avait été irrésistiblement attiré par un éclat brillant. Si seulement cet éclat n’avait pas été au niveau de son annulaire gauche, tout aurait été si différent. Mais cette fois, nue tonne de souvenirs lui revint en mémoire. Comment avait –elle pu… ?

Sans la lâcher du regard, il attrapa dans la doublure de sa veste un objet qu’il ne quittait jamais. Pas tout à fait le même que celui qu’elle portait au doigt ce jour-là, mais un bijou aurait pu, non, aurait du se trouver à cette place là. Il fit tourner la bague plusieurs fois entre ses doigts, la fit frôler le tatouage qu’il s’était fait faire à la main gauche. Une alliance. Eternelle. Puis il la jeta dans l’air, sans rage ni mépris, et la fit atterrir aux pieds de la jeune mariée. La colère mettait un certain temps à monter, mais à coup sûr, elle serait bientôt en train de le consumer. Mieux valait sans doute partir, et tout de suite. Mais il resta à cet endroit maudit, incapable de bouger.

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MessageSujet: Re: Time won't change this damage anymore [j&n] Dim 9 Sep 2012 - 15:29

Des secondes passèrent le temps qu’elle analyse la situation. Des secondes qui lui parurent une éternité. Des secondes qui lui permirent de croire que de l’air pénétrait à nouveau dans ses poumons, que son cœur battait à nouveau et que le sang coulait de nouveau dans ses veines ; de s’interroger sur la raison de la présence de Norman en cet instant précis face à elle, sur sa sanité d’esprit et s’il n’était qu’une projection mal venue et s’imposant de nulle part sans aucune raison particulière si ce n’était le puissant lien qui les unissait depuis un peu moins d’un siècle ; sur les émotions qu’elle pouvait deviner dans son regard redevenu d’une couleur rubis qu’elle avait toujours abhorrer chez lui plus que chez tout autre ; sur la présence à ses côtés de Jimmy pauvre être de chair et de sang qui ne pouvait faire le poids face à un monstre sanguinaire si ce dernier décidait de laisser sa colère se déchaîner et qu’il n’allait pas manquer de libérer une fois le choc passé. Elle ne le connaissait que trop bien et utilisa ces quelques secondes pour calculer le geste suivant qu’elle devait faire. S’il attaquait maintenant, tout ce pour quoi elle travaillait depuis son retour sur Babylon serait anéanti. Sans compter qu’elle savait pertinemment ce qu’il allait faire, qui il allait attaquer en premier lorsqu’elle remarqua son regard se poser même furtivement sur son époux. Son premier geste fut d’enfouir son annulaire dans le creux de sa main, réaction futile et vaine pour soustraire du regard écarlate de Norman sa trahison. Réaction également superficielle puisqu’elle n’avait pas de comptes à lui rendre, pas plus de honte à avoir. Elle aimait profondément Jimmy et se battait depuis des années à ses côtés pour que cette relation soit autorisée. Elle n’allait pas le laisser faire. Et elle n’allait pas le laisser toucher à un seul des cheveux de son époux. La vampire sursauta en sentant la main de son époux se poser sur la sienne et plongea furtivement son regard dans ce dernier. D’instinct, elle se positionna en un quart de seconde devant lui, faisant clairement barrage de son corps. Juste au cas où.

« Jimmy, ne bouge pas. Klaus, veille sur les autres. »

Depuis qu’elle avait croisé son regard, elle ne s’en était pratiquement pas détachée. Il lui était tout bonnement impossible de le détourner de ces rubis flamboyant qui allait la hanter de nouveau. Elle qui n’aurait jamais cru les revoir un jour tant du fait d’avoir converti le jeune homme à son régime qu’à celui de l’avoir quitté avec perte et fracas 10 ans auparavant. Mais ils étaient bien en train de la fixer, plus encore de fixer son époux ce qu’elle ne saurait tolérer. Tendue et prête à attaquer s’il le fallait, elle se tendit plus encore lorsqu’elle le vit faire un geste et lui lancer un objet qui émit un tintement assourdissant en touchant terre. Sans baisser les yeux, elle avait compris de quoi il s’agissait et si son sang n’était pas déjà glacé de par sa condition, il l’aurait été plus encore. Par acquis de conscience, elle jeta un furtif coup d’œil sur la bague qui étincelait à ses pieds et elle faillit flancher face à l’assaut des souvenirs, cette soirée qui avait était la première étape vers ce quoi ils étaient aujourd’hui. Des étrangers qui se haïssaient après s’être tant aimer. Elle se souvenait du bonheur qui l’avait envahit lorsqu’il avait fait sa demande. Et de la terreur qui s’était imposée juste après. Elle se souvenait de la blessure qu’elle lui avait causée et qui se reflétait dans ses pupilles alors dorées. Et de tout ce qu’elle avait dû faire pour le convaincre qu’elle l’aimerait toujours. Un mensonge de plus au vu de leur position actuelle. Comment osait-il ? Elle le lisait dans ce regard dans lequel elle s’était plongé tant de fois. Elle y lisait la blessure qu’elle lui infligeait et la trahison qu’il semblait persuadé qu’elle ait commis sur sa personne. C’était l’hôpital qui se moquait de la charité. Ses propres pupilles prirent une teinte plus sombre alors que la furie envahissait tout son être.

« Norman Fitzpatrick, comment oses-tu ?! »

Elle sentit la tension des personnes alentours qui étaient à portée de voix et celles des vampires présents mais plus éloignés. Norman était une légende alentours mais d’une manière bien plus sombre et noire que ne l’était Livia. Sur les trois légendes, Livia était le bien, Angus était le mal et Norman était la part du milieu. Ou était-ce l’inverse entre les deux ? Toujours est-il que le simple fait de prononcer son nom causa effroi aux alentours, permettant de dégager le terrain entre eux. Moins de victimes collatérales, tant mieux. La question demeurait néanmoins. Comment osait-il paraître face à elle au vu des dernières circonstances aux termes desquelles ils s’étaient quittés ? Pensait-il réellement qu’il pouvait revenir comme si de rien était ? Comme si Livia ne l’avait pas vu enlacer une autre, toujours cette autre ? Comme s’il ne l’avait pas trahi alors qu’elle était entièrement sous sa coupe ? Et comment osait-il aujourd’hui lui lancer des reproches silencieux ? Elle avait avancé. Elle était passée à autre chose, pourquoi ne pouvait-il faire de même ? Si elle avait pu, pourquoi pas lui ? Quant bien même elle savait pertinemment qu’elle ne pourrait jamais réellement passé à autre chose. Leur relation était un cercle infernal mais pour le moment ils étaient situés sur les deux côtés opposés. Son ton se fit sec et volontairement moqueur.

« Quoi ? Elle n’en a pas voulu elle non plus ? Je connais un bijoutier dans le coin qui te fera un bon prix si tu es dans le besoin. »

Elle avait changé. La Livia d’autrefois aurait été rongée par le remord et se serait précipitée dans ses bras pour lui demander pardon, le supplier de l’aider. Elle aurait tout fait pour réparer les dégâts, se mettant en position d’infériorité par rapport à lui. Mais elle n’était plus cette Livia. Celle-ci était morte lorsqu’elle avait quitté Paris.

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MessageSujet: Re: Time won't change this damage anymore [j&n] Mer 19 Déc 2012 - 2:54

Norman n’aurait su dire ce qui le glaçait le plus. Etait-ce cet instinct de protection ridicule envers le mortel dont elle était éprise, ou bien le ton qu’elle avait employé pour s’adresser à lui? Ne pouvant fermer les yeux, incapable les détacher des siens qui lui avaient tant manqué, il avait pourtant besoin de toute sa concentration à cet instant précis pour rester calme. Il retint alors de justesse un grondement qui aurait plus encore effrayé la foule alentours. Car ceux qui ne l’avaient pas encore reconnu s’étaient figé lorsque la voix colérique de Livia avait prononcé son nom. Désormais, il semblait que même les mortels savaient qui il était. Découvrir le visage de celui que beaucoup considérait comme un monstre sanguinaire – sans doute avaient-ils raison – ne semblait pas les rassurer, mais il n’y attacha pas la moindre importance.

Seule elle lui importait. Norman s’était souvent demandé pourquoi. Pourquoi elle, pourquoi cet acharnement, pourquoi ne pas juste l’oublier ? Mais depuis longtemps maintenant, il avait renoncé à trouver une réponse convenable à cette question. Le romantisme n’étant pas dans sa nature, la considérer comme une âme sœur était ridicule. Et pourtant, cela y ressemblait bien. Après tout, jamais il ne s’était battu pour quelqu’un à ce point. Norman avait du combattre sa jalousie mortelle lors de l’époque de leur inséparable trio. Puis faire face à l’absence, terrible, le silence qui suivit la trahison. Encaisser les retrouvailles, le second couteau dans le dos. Se contenter d’un baiser, puis prétendre qu’elle n’était plus rien avant de lui sauver la vie. Tout quitter pour elle. Tout, y compris son meilleur ami, abandonner un pouvoir infini pour couler des jours heureux. Incroyable destin qui ne lui ressemblait pas, mais qu’il avait appris à aimer parce qu’il était avec elle. Et de nouveau, confusion, douleur, cri, sentence, départ. Et un vide considérable. N’importe qui de normalement constitué se serait dit que la cause était perdue. Mais Norman ne pouvait pas. Il lui fallait une confrontation, même si ce devait être la dernière. Car qui savait comment cette rencontre allait finir ?

En un éclair, une décontraction intense s’empara de tout son être et ses muscles se détendirent immédiatement. Retrouvant sa souplesse féline habituelle, il avança de quelques pas dans sa direction, jouissant du plaisir de sentir la foule s’écarter un peu plus à chacun de ses mouvements. Il refusait de se laisser envahir par ses émotions. Pas lui, pas aujourd’hui. Chacune de leurs retrouvailles l’avait déstabilisé et perdre ses moyens là, maintenant, était inenvisageable. Du sang froid, il en avait dans les veines, alors autant en profiter. S’arrêtant à deux foulées de ce corps fragile qu’il connaissait par cœur, Norman osa esquisser un sourire. Une silhouette détala sur sa gauche.

- Livia … Penses-tu vraiment que ces provocations futiles vont me faire sortir de mes gonds ? Si c’est le cas, ça n’est pas très malin pour ton mari et les autres innocents autour.

Sa voix était calme, posée. Terrifiante à vrai dire. Il n’avait même pas tremblé au mot mari – au prix, toutefois, d’un effort terrible.

- Mais rassure-toi, j’ai mangé avant de venir. Elle était délicieuse … Bref, j’arrête le hors-sujet. Tu as de la chance figure-toi, car moi aussi j’ai changé.

Le terme de changement était peut-être un peu fort. Car c’était elle qui l’avait à l’époque fait évoluer sur une pente pleine de savon doucereux et de miel délicieux. Il n’avait fait que redevenir celui qu’il avait toujours été. Un vampire sanguinaire capable de détruire sa créatrice, crime absolu. Mais cette faculté à lui répondre sans que son cœur ne soit au bord de l’implosion, ça c’était résolument nouveau.

- L’ancien Norman se serait justifié rageusement pour te répondre, proclamant qu’elle l’avait piégé, tu sais, l’autre … bla, bla, bla. Mais après tout, à quoi cela servirait-il ? Tu ne m’écouterais pas plus aujourd’hui qu’il y a dix ans, n’est-ce pas ?

Tandis qu’il parlait, il arpentait un large cercle fictif autour d’elle, repoussant les intrus sans même les toucher. Technique de requin. Ainsi, il n’y avait plus qu’eux, et eux seuls. Les autres n’avaient rien à voir dans cette histoire. Qu’ils partent.

- Je suis donc venu te rendre ton bien. Tu n’as qu’à te baisser. Après tout, elle n’appartient qu’à toi. Et je peux te certifier que c’est une toute autre qualité que celle qui vient serrer ton annulaire. Enfin ça, tu le sais déjà. Tu as déjà eu tout le loisir de la tenir entre tes doigts.

Il lâcha un instant ses prunelles dorées, divines, pour s’attarder quelques secondes sur le fameux Jimmy – quel nom horrible- lorsqu’il passa devant lui. Puis elle capta à nouveau toute son attention. Après tout, cet humain n’en valait pas la peine. Il s’en occuperait plus tard. Il vint donc se figer de nouveau devant elle, un peu plus proche cette fois.

- Tu sais, j’ai autant souffert que Frodon à la porter chaque jour que le Diable a fait cette décennie. Et mon périple a été aussi long pour te retrouver. Et en finir avec tout ça, une bonne fois pour toute.

Puis, dans un murmure qui n’était adressé qu’à elle, pour en finir avec cet épisode théâtral dont il était plutôt fier, il délivra une phrase finale à laquelle lui même ne s’attendait pas.

- Tu comprendras bien sûr que l’anneau est une métaphore pour quelque chose d’un peu lourd à porter. Quelque chose que je veux détruire.

C’était donc ça l’apaisement. De la résignation. Une volonté d'avancer, vraiment, sans avoir l'impression de traîner un fardeau. Une part de lui-même se révolta mais il était trop tard. Son corps, sa tête, son coeur, aucun à cet instant ne comprenait les deux autres. Il ne se demanda même pas ce qu'elle allait répondre. Il était juste interloqué, même si son visage impassible n'en montrait rien.

Peut-être était-il temps en effet d’être libre.

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MessageSujet: Re: Time won't change this damage anymore [j&n] Dim 13 Jan 2013 - 17:17

Livia ne trembla pas. Elle ne frémit pas lorsque Norman s’approcha de sa démarche féline dont lui seul avait le secret et qu’elle connaissait par cœur. Car là était la vérité. S’il existait un être au monde dont elle connaissait chaque recoin sombre, chaque écrin de lumière, chaque expression même infime soit-elle dans le creux d’un regard, d’un sourire dissimulé, d’une ondulation de voix. C’était Norman Fitzpatrick. On ne passait pas près d’un demi-siècle aux côtés d’une personne sans finir par la savoir par cœur. On ne passait pas près d’un demi-siècle aux côtés d’une personne sans oublier le sentiment qu’on ressentait lorsque l’autre murmurait dans le creux de l’oreille des paroles douces, passant délicatement la peau glacée de ses doigts sur la peau glacées de ses hanches. Et on ne passait pas une décennie à tenter d’oublier la vision qui l’avait fait fuir une fois de plus. La trahison ultime. Aussi, Livia se contenta de lever son regard vers le vampire qui avait continué à la hanter et qui continuerait de la hanter jusqu’à ce que la véritable mort ne vienne lui arracher ce semblant de vie qui continuait à se battre en elle. La blonde leva un sourcil et ne put s’empêcher de rouler des yeux vers le ciel.

« Oh vraiment ? » demanda-t-elle d’un ton véritablement désintéressé.

Contrairement à ce qu’il affirmait, il n’avait pas changé. Il était simplement redevenu celui qu’il était avant que Babylon ne les réunisse, avant qu’elle n’entre dans sa vie sur cette glaciale île de Finlande. Elle croisa les bras, maintenant néanmoins sa tension au maximum. Elle le connaissait, elle savait ce dont il était capable et au vu du caractère douloureusement sanguin de ses pupilles, elle n’avait aucun doute sur ses capacités offertes par le sang humain, le plus délicieux des nectars. Un nectar dont elle continuait de refuser obstinément à goûter. Malgré les nombreuses propositions de son époux. Elle jeta un coup d’œil à ce dernier et constata avec soulagement qu’il allait bien. Elle ne savait pas si elle devait être soulagée ou inquiète de le voir encore présent et sous son regard. Dès qu’il s’agissait de Norman, mieux valait ne pas rester en sa présence si l’on avait le malheur d’avoir véritablement un cœur qui bat.

Mais s’il y avait bien quelque chose qui n’avait pas changé entre eux, c’était la faculté que possédait l’irlandais pour parvenir à faire gronder son sang froid et la faire consumer de colère froide. Sa mâchoire se contracta alors que les souvenirs de cette mâtinée là, lorsque son monde s’était effondré. Elle avait tout fait pour oublier cet épisode désastreux, ce coup de poignard de trop, cette trahison qui avait fait volé en éclat le peu de confiance qu’elle avait en elle, le peu de confiance qu’elle avait toujours eu en lui. C’était de trop. Elle ferma les yeux quelques instants, retrouvant cet équilibre qu’elle avait construit loin de lui. Elle s’était créé une nouvelle vie et pour la toute première fois depuis sa transformation, cette vie n’avait absolument aucune place pour lui, ni aucun espace vide qu’il avait laissé derrière lui. C’était terminé désormais. Elle était heureuse et il ne pourrait jamais rien en changé. Sûre de ses sentiments, elle rouvrit ses yeux d’un caramel doré pour les poser, fiers et droits devant elle, ne faisant guère attention au prédateur qui tournait autour d’elle, jouant au chat et à la souris. Il affirmait avoir changé et être redevenu le tigre qu’il était avant de se soumettre. Avait-il seulement conscience que le chaton qu’elle avait toujours été était désormais une véritable lionne prête à tout pour défendre ses proches dont il ne faisait plus parti ?

« Rien de ce que tu possèdes ne m’intéresse, Fitzpatrick. »

Elle ne posa pas un regard sur l’anneau doré à ses pieds, il ne l’intéressait pas davantage que celui qui lui avait offert il y a quelques temps désormais. La rupture était bel et bien consommée entre les anciens amants, les anciens presque fiancés, entre le loup et l’agneau. Ses muscles se bandèrent lorsqu’elle observa le regard qu’il lança sur Jimmy, doux et fragile Jimmy qui n’avait pas les moyens de défier la légende qui l’avait sûrement pris en grippe. Cette dernière pensée la fit sourire. Norman jouait le bel indifférent, celui qui avait décidé de tirer un trait sur le lien profond qui les unissait et le lui faisait savoir à grands renforts de phrases mélodramatiques et grandiquolentes. Mais pas une seule seconde honnête. Si elle l’indifférait tant que ça, pourquoi menacer à mots couverts celui qu’elle avait décidé d’épouser contre toute attente et contre la raison même. Elle s’humecta les lèvres et émit un léger grognement instinctivement. Qu’il comprenne qu’il devait se concentrer sur elle et non sur Jimmy. Elle jeta un coup d’œil à ce dernier, lui adressant un sourire se voulant rassurant et d’un hochement de tête lui indiqua que tout allait bien se passer. Sans qu’elle ait besoin de le regarder, Klaus approuva et vint se placer aux côtés du fragile humain l’incitant à s’éloigner, ne serait-ce que de quelques pas. Evidemment, le têtu humain ne se laissa pas faire immédiatement avant de céder à moitié. Klaus pouvait être très convainquant après tout.

Elle reporta soudainement l’attention sur les propos de Norman. Son cœur, organe mort depuis tellement longtemps, manqua un tressautement. Elle était prête à ce genre de déclaration. Elle s’y attendait même depuis bien avant, persuadée qu’il n’ l’avait jamais aimé. Preuve en étaient toutes ces délicieuses créatures qui tournaient autour de lui jusqu’à ce que l’une d’entre elle emporte la victoire sur ses serments aussi léger qu’une plume dans une tornade. Il demeurait que cela faisait mal, provoquait un pincement dans le tréfonds de son âme. Cette douleur qu’elle pensait endormie se réveilla comme un monstre aux mâchoires d’acier, prêt à la broyer. Elle retrouva néanmoins sa contenance et malgré la souffrance d’arriver au bout du mur, de se rendre compte de la voie sans issue dans laquelle il s’était tous les obstinément engagé, elle releva la tête, comme toujours, et planta son regard dans celui de Norman. Lentement, elle leva ses mains avant de les frapper les unes contre les autres, ces dernières produisant un bruit épouvantable dans le silence de mort qui avait entouré leurs retrouvailles.

« Après toutes ces années, nous tombons enfin d’accord sur une chose. La seule différence, c’est … » Elle se rapprocha rapidement de lui, son visage à quelques centimètres du sien et si auparavant cette proximité aurait pu la faire frissonner, elle fut étonnée lorsqu’elle ne ressentit rien. Enfin libérée. Enfin apaisée. « C’est que j’ai fait le deuil de cette relation depuis bien longtemps. » Elle l’observa quelques instants et un sourire empli de malignité s’étira sur ses lèvres fines tandis que ses longs doigts glacés glissaient sur l’anneau l’unissant à son époux. « Et en ai trouvé une bien plus intéressante que celle que tu me proposais. Quelqu’un qui était capable de m’offrir ce dont tu as toujours été incapable de me proposer. » Elle se savait cruelle mais c’était l’étape ultime. L’étape nécessaire pour rompre tout lien avec lui, pour qu’il cesse enfin de revenir la hanter et de rompre le fragile équilibre pour lequel elle s’était battu.

De l’amour à la haine, il n’y avait qu’un pas. Et elle venait de le franchir. Quant bien même elle réalisait que le sentiment qu’elle éprouvait à son égard était encore trop fort par rapport à ce qu’il méritait.

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MessageSujet: Re: Time won't change this damage anymore [j&n] Jeu 11 Avr 2013 - 0:34

Incapable de mettre un mot sur la moindre de ses émotions, Norman regardait la scène s’écouler, comme s’il n’en était que spectateur. Etait-ce vraiment lui qui avait prononcé ces mots ? Lui qui avait voué la moitié de sa vie à courir après une femme, LA femme, allait y renoncer si facilement ? C’était impensable. Ca n’était pas dans ces habitudes. Si c’était cela qu’on appelait la maturité, ça ne lui plaisait pas beaucoup. Pourtant, son regard décidé restait posé sur elle, tenace. Peut-être était-il temps de partir, une bonne fois pour toute. Quitter cette ville de fous, aller se refaire un monde tout neuf ailleurs, y semer le chaos et recommencer encore, encore, pour au moins une éternité. Oublier ce visage définitivement, et ne plus jamais se fier à personne. Qu’elle reste avec ce mortel, cet insipide humain qui ne lui apporterait rien d’autre que de la déception et de la souffrance lorsqu’il mourrait. Le sourire aux lèvres, il s’apprêtait à quitter la scène la tête haute. C’était sans compter sur la “nouvelle“ Livia.

Le bruit horrible de ses mains claquant l’une contre l’autre lui glaça le sang. Déjà retourné, il s’arrêta net et ferma les yeux un bref instant. Non. Elle ne pouvait pas. Pas alors qu’il s’apprêtait à la laisser en paix pour de bon. Voilà qu’elle jouait les sarcasmes alors qu’il lui suffisait de la fermer, de le regarder s’éloigner avant de se jeter au cou de son misérable mari ? Toute la confusion de Norman s’évanouit à ce moment précis. Son corps figé lui obéissait à nouveau, son sang-froid étonnant se réchauffait sous le coup de la colère et son cœur … Et bien celui-là ne comptait pas, puisqu’il ne battait plus. Il eut le temps de redresser la tête lorsqu’elle arriva à sa hauteur à toute vitesse. Quelle erreur… comment pouvait-elle réagir ainsi ? Son odeur entêtante était plus forte que jamais, plus séduisante que jamais. Ses prunelles dorées brillaient d’une détermination qu’il ne lui connaissait pas. Des deux, elle était sans doute celle qui avait le plus changé, c’était vrai. Mais elle allait en payer le prix, Norman le sentait bien. La rage commençait à poindre, il la sentait s’éveiller comme un dragon endormi au milieu de sa cage thoracique. A la mention de son mari, il serra imperceptiblement le poing. Elle si intelligente se risquait à une ultime provocation ?

Il sentait la présence de Jimmy sur sa gauche, surexcité, presque prêt à s’interposer entre eux. Brave bête. Toutefois, Norman ne parvenait pas à comprendre comme elle pouvait autant se préoccuper de lui ? Pendant sa diatribe, elle avait grondé lorsqu’il l’avait dévisagé. Comme une louve protégeant son petit. D’où lui sortait ce ridicule instinct ? Il n’était rien, fallait-il qu’il lui brise le cou pour le lui prouver ? L’idée lui traversa l’esprit une fraction de secondes, mais son esprit de chasseur le ramena à la réalité. Non, cette solution n’était pas envisageable. Il éprouvait l’envie de lui faire mal pour lui faire payer son comportement, ce qu’elle estimait être une humiliation publique et qu’il tolérait pour l’instant parce que la bonne réaction ne lui était pas encore venue. Alentours, le public retenait son souffle. Certains avaient peur, il le sentait jusqu’au plus profond de ses os, la frousse émanait de tous leurs pores comme un poison toxique. D’autres trouvaient le spectacle plaisant, mieux qu’au cinéma. Et bien, que ceux-là empoignent leur pot de pop-corn, car la rage s’insinuait petit à petit chez Norman. Ce qui le rendait plus dangereux que jamais. Non pas car il serait hors de contrôle, non. Ce stade là, il avait appris à le dépasser. Au contraire, il n’en était que plus concentré, plus vif, ses sens et son esprit acérés au maximum. Comme lors d’une partie de chasse, mais en bien pire.

Son attention était rivé sur elle, elle seule, elle si proche qu’il pouvait lui faire subir n’importe quoi. Voilà bien longtemps qu’elle n’avait pas goûté à du sang humain. Son cher petit mari ne se tailladait donc pas les veines par amour ? Evidemment, non. Il était peut-être fou d’amour pour elle, comme en témoignait sa ridicule agitation, mais jamais elle ne le laisserait faire un tel sacrifice. Et surtout, jamais elle ne voudrait redevenir ce qu’elle avait été autrefois, ce dont il l’avait lui-même délivrée. Une connexion rapide s’opéra dans son esprit de prédateur, comme si sa vitesse physique se transmettait à son raisonnement. Bien sûr.

Sans la lâcher du regard, il considéra mentalement le lieu de leur terrible affrontement. Le contexte. Toute cette foule amassée et sidérée était là pour une raison, une raison bien précise et extrêmement futile. Norman, depuis longtemps, s’octroyait ses propres droits et n’avait que faire des avis du gouvernement. Cette manifestation était une grossière mascarade, mais elle reposait sur une conviction aveugle. Et celle-là même reposait sur une figure de proue. Une figure parfaite, qui filait un amour idyllique avec un humain et était le symbole même du pacifisme. Sauf que Norman connaissait cette figure mieux que personne. Elle se tenait face à lui, à une distance infime. Grave erreur qu’elle avait commise là, pire encore que celle de le provoquer. Norman, malgré tous ces changements qu’elle prônait, pouvait encore sonder son âme. Il savait qu’au plus profond de son cœur mort, il y avait une chose qu’elle craignait. Un souvenir glacial qui l’avait longtemps fait frémir alors qu’ils étaient encore ensemble. A cet instant, il sut qu’il tenait le moyen de la détruire. Un sourire effroyable barra son visage, et il eut peine à retenir un rictus. Pas la peine de trop en faire, la théâtralité de ce qui allait suivre suffirait amplement.

- Quel dommage Livia.

Le ton de sa voix restait calme, inflexible. Pour l’instant. Il la dévorait du regard, comme si l’envie irrésistible de la faire sienne ne l’avait jamais quitté. C’était à vrai dire le cas.

- Tu brandis ton caractère endurci comme un étendard et il faut bien l’avouer, je trouve ça affreusement séduisant.

Légère réaction du côté de Jimmy. Il aurait pu chuchoter, mais cela aurait été tellement moins amusant. Ah, l’impuissance de ces faibles créatures …

- Mais aujourd’hui, je t’offrais une porte de sortie. Et tu viens de la claquer juste devant mon nez. Aurais-tu donc oublié comment je fonctionne ?

La suite des évènements se déroula à une telle vitesse qu’un œil humain ne pouvait en percevoir les subtilités. Pourtant, Norman se déroba rapidement sur sa gauche, attrapa au hasard le bras d’une humaine qui se tenait trop proche. D’un mouvement habile, il colla son corps contre celui de sa pauvre victime dans ce qui ressemblait à une étreinte langoureuse et mordit. Sa carotide lui offrit un sang d’un goût délicieusement sucré, mais il ne prit pas la peine de s’y attarder. Il savoura juste une gorgée, suffisamment pour imprégner ses lèvres puis la délaissa au profit d’une personne plus intéressante. Un éclat diabolique brillait dans ses yeux rougis. Attrapant Livia par la nuque - sans aucun risque de résistance de sa part puisqu’il était et plus vieux, et mieux nourri qu’elle – il l’attira violemment vers lui pour que leurs lèvres rejoignent dans un ultime baiser. Il avait souvent rêvé ce moment – autrefois, quand elle n’était qu’une amie, quand elle ne fut pas sienne, quand elle était chaque jour à ces côtés, quand elle lui avait à nouveau brisé le cœur, quand il avait regagné cette ville. Norman avait presque toujours rythmé sa vie dans l’espoir que ce geste se reproduise à l’infini. Cette fois-ci, il savait pertinemment que c’était bien la dernière fois que ça arriverait. Sa langue trouva le chemin de la sienne, forçant le barrage qu’elle lui opposait pourtant, distillant en elle le poison qu’il venait de récolter. Et même s’il la sentait se débattre, même s’il réalisait là la plus grande trahison de toute sa vie, même si cette étreinte n’avait pas le goût des précédentes, il ressentit une vague de chaleur familière l’embraser. Ils étaient faits pour être ensemble, pourquoi ne pouvait-elle pas le comprendre ? Mais c’était cette fois trop tard, et même lui en était conscient. Ce baiser de Judas avait tout détruit. Comme il l’avait prévu.

Se détachant d’elle, il la repoussa virulemment. Après tout, il venait de la nourrir, même si c’était infime. Et surtout, elle risquait d’être sacrément énervée. Pourtant, il ne put retenir une dernière provocation, comme pour prouver que ce comportement lui allait bien mieux qu’à elle.

- Montre à tous ces gens comme tu peux changer, Livia.

Il aurait été si facile de fuir les remontrances, et pourtant Norman ne bougea pas d’un poil. Plutôt mourir que de ne pas assister à la catastrophe qu’il espérait voir se déclencher d’ici quelque minute. Sa catastrophe. Et sans doute sa plus belle réussite. Toutes les croyances de ce beau monde allaient s’effondrer, et Livia en serait la première désolée. Et c’était tout ce qu’elle méritait pour l’avoir autant fait souffrir toutes ces années. Elle l’avait fait cesser de croire en leur amour, il allait lui passer le goût de la rédemption. Il suffisait juste que le monstre réponde à son appel, et se réveille.

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MessageSujet: Re: Time won't change this damage anymore [j&n] Sam 26 Juil 2014 - 15:46

Les choses n’avaient jamais été simples pour Livia et pour ceux qui l’entouraient. Même lorsqu’elle était encore humaine, son existence n’avait peu avoir que l’apparence d’un caractère aisé. Rien n’était moins vrai et elle avait juste toujours su offrir une vision différente de celle qui étincelait en elle-même sans que personne ne le sache. Une vision qui, justement, se conformait sagement à ce qu’on attendait d’elle. La petite fille bien sous tout rapport, ploie et sage rêvée par ses parents. La fiancée parfaitement objet de valeur à utiliser comme faire valoir dans les dîners mondains. L’agneau à sauver et sur lequel il était nécessaire de veiller pour lui permettre de ne pas se briser au moindre souffle de vent. La nouvelle disciple sensible et prête à répandre la bonne parole auprès des autres vampires en perdition. La protégée d’un gourou aussi fou que démoniaque. L’amoureuse éperdue pour qui le monde se résumait à un seul être. L’activiste, héroïne du mouvement, qui se battait pour une cause qu’elle ne voulait pas être perdue d’avance mais qui pourtant l’était certainement. De telle sorte qu’elle se noyait elle-même dans ces personnages et ne savait plus où elle en était elle-même. A tous ces rôles, elle avait décidé de rajouter la Reine de Glace, celle dont elle aurait dû deviner qui était en mesure d’attiser le feu et de se confronter au vampire sanguinaire qui se trouvait face à elle en cet instant précis et qui ignorait sans doute encore qu’il avait ruiné une fois de plus le château de cartes qu’elle avait patiemment construit. Il était hors de question que ses fondations même en soient également bouleversées. Elle ne flancha pas lorsqu’il tourna son regard vermeil sur elle. Elle ne flanchait plus depuis longtemps. Du moins en apparence. De toute manière, tout était toujours une question d’apparence, non ? Elle alla même jusqu’à relever son menton, marquant par là la différence qu’il existait entre la Livia qu’il avait connu et qu’il avait profondément aimé, qu’il avait même demandé en mariage, prêt à s’engager pour passer l’éternité avec elle … avant de rejoindre les draps d’une autre dès qu’elle avait le dos tourné. Son regard or étincela de rage. Elle n’avait pas oublié cet épisode désastreux qui l’avait meurtri et brisé autant que la mort d’Alister l’avait faite.

Il la connaissait plus que quiconque et plus que personne ne la connaîtra jamais. Quoi qu’elle en dise, malgré tous les efforts qu’elle mettait dans leur distance, il était et demeurait son âme sœur. Bien contre elle, elle se tendit lorsqu’un large sourire tira les traits aimés et ne put s’empêcher d’humecter ses lèvres, remarquant le regard déviant de son ancien amant. Certaines choses ne changeraient jamais. Peut être était-ce voulu. Peut être, elle ne voulait pas véritablement le voir partir à tout jamais. Même si elle le haïssait autant qu’elle l’avait aimé ou peut être l’aimait encore, même si les années avaient passé et qu’elles ne comptaient pas le nombre de fois où ils s’étaient séparé. Un monde sans Norman n’était pas un monde, la seule chose qui manquait était qu’elle ne voulait pas encore le reconnaitre. Elle poussa un soupir et leva un sourcil, attendant la suite des évènements, pressentant quelques actions d’éclat. Norman avait toujours été de ces personnes flamboyantes qui attiraient tous les regards et en jouissaient plus que de raison. aujourd’hui avec la foule présente comprenant aussi bien des vampires que de banals humains, alimenté plus encore par la foule des médias s’étant déplacée sur les lieux pour entendre les protestation de cette ligue de défense dont aucun ne voulait entendre parler, elle ne pressentait que trop bien que Norman Fitzpatrick allait faire son show. Et elle n’allait pas l’en empêcher.

Elle n’eut pas le temps de faire quoi que ce soit et le regretta amèrement. Elle aurait dû se douter qu’il allait prendre la solution de facilité et commettre un véritable massacre. Il n’avait pas vraiment pas changé. Elle eut à peine le temps de faire un pas et d’ouvrir la bouche pour protester qu’il était déjà revenu auprès d’elle. Avant même qu’elle ait pu protester ou l’en empêcher, il s’emparait déjà de ses lèvres, y déversant le liquide vermeil en elle, l’empêchant de le recracher immédiatement alors que d’instinct, elle répondait avec une passion démesurée à son baiser. Elle le haïssait autant qu’elle le désirait et elle ne pouvait empêchait un gémissement de plaisir émaner d’elle, ayant parfaitement conscience que malgré tout, cet être qu’elle avait aimé détruisait tout ce en quoi elle croyait. Elle glissa, d’instinct, sa main dans la chevelure brune du jeune homme avant de se reprendre juste quelques instants avant qu’il ne la rejette brusquement, ne sachant trop bien la catastrophe en cours. Elle prit une profonde inspiration, bien qu’elle n’en ait clairement pas besoin, et ne put s’empêcher de passer la langue sur ses lèvres, frissonnant de plaisir en goûtant le goût métallique si particulier sur ces dernières. Fermant les yeux, elle sentit l’animal aux mâchoires d’acier ressurgir au plus profond d’elle et tout massacrer sur son passage. Ses sens se développèrent à la vitesse de la lumière et elle tourna immédiatement la tête vers la jeune femme qu’il venait d’attaquer. Totalement inconsciente du monde qui l’entourait, des regards et des caméras braqués sur eux. N’obéissant qu’à son seul instinct animal, elle attaqua l’humaine et s’apprêtait à la mordre lorsqu’un éclat de lumière lui parvint dans sa vision périphérique. Ses autres collègues vampires s’interposaient. Luttant contre ces derniers, elle avait conscience de l’image qu’elle renvoyait mais n’arrivait pas à passer outre. Elle était en manque. Au prix d’un effort surhumain, ils parvinrent à la séparer de l’humaine mais plutôt que de reporter sa soif sur d’autres, elle se projeta sur Norman. Il était plus fort, plus âgé et mieux nourri mais elle avait l’avantage d’être la plus en colère. Le faisant le tomber au sol, elle le plaqua contre ce dernier. « Donne moi une bonne raison pour ne pas t’arracher le cœur ici et maintenant et le jeter dans les flammes. »

Peu importait sa réponse, elle avait déjà préparé la sienne. Elle s’empara de nouveau de ses lèvres avec une passion dévorante, c’était le moins que l’on puisse dire, avant de laisser ses lèvres dériver vers son cou pour remonter lentement le long de ce dernier et se glisser derrière son oreille. Elle la mordilla légèrement avant de la lui arracher avec toute la violence qu’elle contenait en elle à ce moment précis. Avant que cela n’aille plus loin, les autres vampires présents s’interposèrent entre les deux anciens amants terribles et Livia cracha le sang noir qui inondait sa bouche, ignorant les larmes de la même teinte qui couraient sur ses joues. Il ne se rendait pas compte de ce qu’il venait de faire. « Disparais. Tu n’es plus rien pour moi. Tu n’es pas mieux que Draven. Tu es même pire. Lui au moins n’a jamais eu à faire semblant. » Etait-il besoin de rappeler qu’elle avait tué son Créateur ? Elle avait tué son premier grand amour également. Elle pouvait tout aussi bien détruire son âme sœur.

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MessageSujet: Re: Time won't change this damage anymore [j&n] Lun 19 Jan 2015 - 23:30

Norman savait parfaitement ce qu'il venait de provoquer. S'il lui était souvent arrivé d'agir sous le coup d'une impulsion, cette fois, il s'avérait que le geste était fait de sang froid. Et en parlant de sang, l'odeur que l'humaine répandait autour d'elle était délicieuse. Il sentait nombre de vampires frémir alentours, alors qu'à leurs oreilles tapaient les battements saccadés du coeur de la femme apeurée. Mais son attention se limitait à Livia, et Livia seule. S'il avait encore eu un coeur, et une habitude pour les remords, il s'en serait voulu. Après tout, il avait toujours cherché à la protéger de tout, du reste du monde, et ces dernières années, d'elle-même. Voir ses pupilles s'empourprer était une vision douloureuse, au fond, mais c'était là la seule solution désespérée qu'il avait trouvé à cette confrontation. S'il ne pouvait l'avoir, personne ne l'aurait. Elle pouvait le tuer, il n'en avait que faire. Il avait réussi son coup, même s'il ne parvenait pas à sourire.

La courte transformation de la végétarienne en prédateur ne le laissa pas de marbre. Et même s'il savait d'avance qu'elle allait se ruer sur la proie démunie, il dut se faire violence pour ne pas la retenir. Un hurlement collectif traversa la foule. Voilà, messieurs dames. Voilà ce qui se cache au fond de tous ceux que vous tenez tant à accepter au sein de vos rangs. Gardant cette remarque pour lui, il se contenta d'observer ce triste spectacle, sentant la masse d'humains affolés partir dans tous les sens. Et ils avaient raison d'établir un périmètre de sécurité, car la suite des événements allait être bien pire. Norman le savait, et restait les deux pieds bien plantés dans le sol. Dans sa vision périphérique, l'éclat de l'objectif d'une caméra attira son attention. Lui qui avait voulu jouer profil bas des mois durant s'assurait un retour en fanfare. Il aurait comme des difficultés à chasser désormais. Mais il savait ce à quoi il s'exposait. Et s'en moquait. Babylon n'avait plus rien à lui apporter maintenant.

Cette légère distraction l'avait détourné de Livia un court instant. Alors qu'elle avait réussi, par un absolu miracle, à se détourner de ce repas chaud servi sur un plateau, elle réussit à le plaquer au sol, autant sous l'effet de la surprise que par sa force herculéenne. Il en aurait le souffle coupé s'il savait encore respirer. D'instinct, normalement, il aurait montré les crocs, mais n'en fit rien. Elle dégageait une telle rage, une rage qu'il n'avait pas vue dans ses yeux depuis longtemps. Et alors qu'il allait rien répondre qu'il pouvait bien lui prêter son briquet si elle le voulait, elle le surprit une fois de plus. Jamais il n'aurait cru pouvoir goûter une nouvelle fois à ses lèvres. Pas même quand, quelques instants plus tôt, elle avait répondu tardivement à son baiser. Tandis qu'il savourait cette étreinte, il repensa à la précédente. Que n'avait-il pas fait là ? Le souvenir fut douloureux, alors qu'il était pourtant tout récent. Avant qu'elle ne comprenne le geste affreux qu'il venait de commettre, avant que le goût de fer ne réveille ses canines, elle l'avait elle aussi embrassé en retour, passant délicatement sa main dans ses mèches brunes. Aveuglé par son désir de vengeance, il n'avait pas su savourer cet instant. Comment ? Comment avait-il pu être aussi...

Et tandis qu'il s'attardait sur son passé plutôt que sur l'instant présent, une douleur atroce le fit revenir immédiatement tandis qu'un grognement furieux s'échappait de sa gorge. La seconde d'après, elle était déjà loin, alors qu'il comprenait ce qu'il venait de se passer. Le sang noir à ses lèvres ne mentait pas, et le liquide qu'il sentait ruisseler de son oreille ne pouvait signifier qu'une chose. Cette garce venait de le mordre. En un éclair, il était à nouveau sur pied, lui faisant face. C'était... inattendu. En soit, il méritait bien ce qui venait de lui arriver. Mais s'être fait avoir comme un bleu ne lui plaisait pas et, qui plus est, il détestait qu'on touche à son physique. C'était bien là la seule chose qui lui restait. Toutes dents dehors, des tremblements incontrôlables s'emparaient de lui alors qu'il ne parvenait pas à penser rationnellement. Et cette connasse, à côté, qui continuait de saigner à lui en ouvrir l'appétit. Que faire ? Massacrer des innocents pour lui faire payer son affront ? Non. Non, il fallait aller plus loin. Les mots qui sortaient de sa bouche noire ne l'atteignaient même pas, sauf peut-être... Non...

« Comment peux-tu parler de faire semblant alors que tu baises un vulgaire humain ? »

Cette phrase, il l'avait hurlé de toutes les forces que sa frustration avait su contenir en lui depuis cette horrible découverte. La colère décuplait tout, ses émotions avant tout, et il banda ses muscles au maximum avant de lui décocher un coup de pied d'une violence inhumaine en plein dans la poitrine. En bon chasseur qu'il était, il savait parfaitement viser. Livia percuta donc de plein fouet son si précieux Jimmy, qui se tenait un peu trop près. Si le choc n'avait pas tellement de quoi fouetter un vampire, la tête de Jimmy percuta violemment le sol, et un mince filet de sang vint bientôt teinter le béton. Mais avant que Livia ne puisse réagir, il était déjà sur eux, appuyant de toutes ses forces pour les plaquer tous les deux contre le sol pourpre. Elle était peut-être en colère, mais lui était maintenant au même niveau, et mieux entraîné. Il attrapa son ancienne amante par les cheveux sans aucune tendresse, la retenant de ses pulsions meurtrières envers lui ou Jimmy pour le moment, et tira d'une gifle ce dernier de son inconscience. Collant le visage de Livia contre celui de son misérable humain, c'est à lui qu'il s'adressa cette fois. Avant de l'attaquer, il avait contemplé l'horrible vision qu'elle offrait. La bouche noirâtre qui suintait, les crocs qui étincellaient sous les flashs des Smartphones des plus courageux, l'éclat vermeil qui se reflétait dans ses yeux, et les larmes sombres qui gâchaient son si beau visage. Aucun sentiment humain ne pouvait supporter pareil spectacle.

« Regarde-la bien Jimmy... Regarde donc le monstre que tu as laissé se glisser dans tes draps, dans ta vie. Regarde-la bien avant que je la relâche, car crois-moi, l'odeur de ton sang emplit tellement l'air que j'ai moi-même envie de te lécher l'arrière du crâne. »

Sans un regard, et à toute vitesse, il s'exécuta, laissant Livia faire ce qu'elle avait à faire. Qu'elle le bouffe ou pas, il lui fallait reprendre des forces car elle ne lui pardonnerait jamais ça, jamais. Il attrapa un manifestant curieux, et sa soif était telle que le cadavre du malheureux atteignit le sol quasi en même temps que l'iphone qu'il avait lâché sous le coup de la surprise. Il n'y avait aujourd'hui plus de retour en arrière possible. Babylon ne se relèverait jamais de cette démonstration publique, ni lui. Ni Livia. Qu'il avait aimé cette femme. Au fond de lui, il savait qu'il l'aimait encore, mais il lui était impossible de se guérir, alors il fallait détruire le mal par le mal. Tant pis pour sa conscience, cela faisait longtemps qu'il l'avait mise de côté de toute manière. Il n'avait plus qu'à attendre la suite. Dans un murmure, les yeux clos, il murmura une ultime phrase qui ne lui ressemblait pourtant pas.

« Tue-moi. »

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MessageSujet: Re: Time won't change this damage anymore [j&n] Sam 14 Fév 2015 - 14:49

Il lui était arrivé par le passé de s’attarder sur ses sentiments à l’égard de Norman. Y compris lorsqu’ils étaient officiellement un couple comme tous les autres, avec une particularité quelque peu différente certes. Toujours est-il qu’elle s’était interrogée en l’entendant prononcer des paroles crues en public, en l’observant agir avec dédain à l’égard d’autres vampires qu’ils pouvaient être amené à fréquenter ou avec agressivité lorsque le regard d’autres mâles, voire femmes, s’attardaient un peu trop sur eux. Elle se demandait alors comment elle pouvait aimer un être tel que le terrible vampire. Si elle aimait véritablement quelqu’un de cet acabit. Mais la réponse avait toujours été implacable. On ne pouvait interroger ses sentiments. C’était bien la seule chose au monde qu’on ne pouvait contrôler, moins encore expliquer. C’était ainsi et elle avait accepté ce destin quant bien même cela devait la faire souffrir. Il ne s’en rendait pas compte mais Norman aurait pu la tuer un milliard de fois et de temps à autres, cela avait été le cas.

Mais encore aujourd’hui, alors qu’elle avait avancé, alors qu’elle était parvenue enfin à trouver une vie normale et paisible aux côtés d’un mari qui l’aimait (trop) aveuglément, alors qu’elle avait enfin trouver un but à son existence et qu’elle parvenait lentement mais sûrement à ce dernier. L’évidence demeurait. Les décennies pouvaient passer. La distance pouvait être mise entre ces deux êtres. La haine et la colère pouvaient prédominaient entre eux. Norman ou elle-même pouvait bien mourir pour toujours cette fois-ci. Cela ne changerait pas le fait qu’elle aimait et aimerait toujours Norman Fitzpatrick. Qu’une part d’elle-même n’aspirait qu’à quitter une fois de plus cette ville pour s’enfuir avec celui qui était son âme sœur et qui s’était révélée trop tardivement. Elle avait accepté cet état de fait. C’est peut être la raison pour laquelle il lui était plus facile aujourd’hui de rompre les liens définitivement avec lui. Elle en avait fait le deuil. Elle l’avait accepté. C’en était terminé une fois pour de bon. Porter atteinte au physique du vampire dont elle savait plus que quiconque qu’il y tenait comme jamais était le dernier coup. C’en était fini.

Elle ne réagit pas aux propos crus empli de colère de Norman. C’était mérité. Elle savait qu’elle l’avait fait souffrir, plus d’une fois. Il était sain qu’il évacue sa rage, même si le faire entourer d’humains étaient dangereux. Foutus journalistes qui ne se sauvaient pas pour avoir la meilleure image possible à vendre. Elle fut prise de court lorsqu’il s’attaque de nouveau à elle et la projeta sur Jimmy. Il était plus âgé, plus fort et avec davantage de sang humain dans ses veines. Elle ne faisait pas le poids et elle le savait. Cela ne voulait pourtant pas dire qu’elle baissait les bras. Elle ne revint à elle-même que lorsqu’elle planta son regard carmin dans celui terrifié de Jimmy. Dans ses yeux, elle vit la réflexion de ce qu’elle était et demeurerait toujours. Elle pouvait faire semblant. Mener une vie paisible. Mais rien de ce qu’elle pouvait dire, rien de ce qu’elle pouvait accomplir ne pourrait jamais changer ce qu’elle était au fond d’elle-même et bien malgré elle. Elle était un monstre. Elle bloqua sa respiration pour ne pas être attirée par le sang de son époux et ferma les yeux. C’était un adieu comme un autre. Les rouvrant, elle les plongea dans ceux de Jimmy et s’excusa dans un souffle. Libérée de l’emprise de Norman, elle se redressa lentement et promena son regard sur les spectateurs estomaqués qui les entouraient. Tout avait été ruiné. Tout ce qu’elle s’était échinée à construire. Tout ce pour quoi des humains et des vampires avaient été sacrifiés, réduit à néant. Tous ces efforts pour aboutir à ça.

Elle ne bougea pas lorsque Norman s’empara d’un manifestant et soutira toute vie de lui. Elle resta comme vidée à l’observer. La rage couvait toujours sous la braise et tel un volcan, ce dernier s’apprêtait à imploser comme jamais il n’avait explosé. C’en était terminé. D’une manière ou d’un autre, Norman ou Livia devait mourir aujourd’hui. Elle ne savait pas de qui il s’agissait mais c’était la seule solution possible. Aucun ne trouverait le repos tant que l’autre continuerait à parcourir la Terre. Ses poings se serrèrent lentement et elle refusa d’entendre l’accent de résignation de Norman quant à ses ultimes paroles. Son regard se couvrit d’une teinte plus sombre et elle eut le même sentiment que lorsque Makkapitew lui avait intimé de tuer Alister. Elle n’était plus elle-même. Alors qu’elle allait se précipiter sur lui et lui offrir satisfaction, Klaus s’interposa et la retint, bientôt rejoint par d’autres vampires présents. Elle les avait oubliés. Elle se débattit mais il ne lâcha pas prise. Elle était épuisée. « Pas ici. Suffit maintenant. » lui murmura-t-il lui permettant de revenir à elle-même. Elle l’observa enfin, interloquée, avant de hocher péniblement la tête et de lâcher prise. Elle était à bout. Au bout de ses forces. Cela devait se terminer.

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